samedi 15 mai 2010

Tonga : Un sourire SVP


Mon « Maître » en photo (voir l’article : « Merci Henri »), pour que les sujets à photographier se tournent vers lui et lui sourient disait toujours « vers moi … ».

Si Henri était venu aux Tonga, il n’aurait pas arrêté de prononcer cette phrase. Et pourtant, l’archipel n’est qu’à 2500 Km de Tahiti, île où tout le monde ou presque semble heureux de vivre.

Les Tonga sont un royaume qui s’étire du sud au nord sur environ 300 Km, entre Polynésie Française et Fidji. L’île la plus touristique est celle de Vava’U. Et c’est vrai que ça a l’air joli. J’y ai fait une entrée de nuit sous la lune et j’ai eu beaucoup de plaisir à naviguer au milieu de tous ces rochers, à m’enfoncer, un peu comme au Guatemala, dans une baie cernée de collines verdoyantes et à découvrir un mouillage bien protégé avec de beaux corps-morts.
Mais une fois débarqué, le samedi précédant la fête des mères, quelle déception.

Pour résumer, les Tonga c’est un pays du tiers monde. Ce n’est pas un pays en voie de développement, mais plutôt en voie de régression. Il y a des ruines de partout, rien n’est entretenu, rien ou presque rien ne semble être fait pour développer une activité quelconque. Dans les autres pays de ce type que nous avons traversés depuis notre départ de France métropolitaine en septembre 2008, il y avait partout des petits vendeurs, des artisans, des gens qui donnaient l’impression de chercher à se sortir de leur condition.
Comme souvent, ce n’est pas propre, les voitures sont délabrées, les trottoirs chaotiques, … Cela peut sembler surprenant, mais habituellement, dans cette « crasse » et ce désordre, il y a une vie. J’ai vu, principalement en Amérique Centrale, des épaves de bus Volkwagen transformées en boutiques, des gens vendant des objets plus que probablement trouvés au milieu de déchets, … Aux Tonga, c’est sale … Point.
Il y a des banques (relativement beaucoup), dont les inévitables « Western Union » et « Money Gram » qui permettent de transférer de l’argent liquide d’un pays vers un autre. Il y a aussi quelques boutiques. Elle se ressemblent toutes, sont petites, peu achalandées, pas avenantes, … Il n’y a aucun effort « commercial » qui y est fait tel que de la lumière, des promotions, une jolie présentation, … Je n’y ai pas vu de produits que je qualifierai de (pour moi) sympathiques pour le marin qui débarque : fromages, bonnes crèmes desserts, beaux steaks bien épais, …
Le marché est au diapason du reste : petit, pas de vie, pas de produits flamboyants. Ah, qu’il est loin le marché de Papeete avec ses couleurs et ses odeurs, ses beaux poissons, ses belles fleurs et sa musique, …
Car, et c’est à mes yeux le plus triste, il n’y a pas de joie de vivre dans ce pays. Pas de fleur offerte par un homme amoureux d’une jolie femme pour son oreille, pas de musiciens qui font la « manche », pas d’enfants espiègles qui courent dans tous les sens, …
J’ai traversé le marché en diagonale. Nul ne m’a interpellé pour me proposer d’acheter, à « meilleur prix » le plus beau des fruits, ni ne s’est mis en travers de mon chemin avec une « grappe » de poissons tous plus beaux les uns que les autres. Pourtant, les poissons y sont, je les ai vus depuis le bateau.

Nous sommes allés manger le dimanche soir dans l’un des trois ou quatre restaurants pour touristes, installé juste entre les agences locales des deux leaders mondiaux de la location de voiliers. Cadre superbe, nourriture raffinée et bien présentée, … L’hôtesse était jolie, très professionnelle, très avenante. Tiens … Elle nous a dit avoir passé six mois dans une école spécialisée aux Fidji afin d’apprendre tout cela. A ce moment là, je l’ai observée différemment et il me semble bien que chacun de ses actes, dont ses sourires (naturels chez tout commerçant en particulier et chez tout individu en général) était le résultat d’un « formatage » !!!
Pendant le repas, en raison du « mother’s day », il y avait régulièrement un mini spectacle. C’était toujours le même : quelques chants en play back avec une sorte de déambulation plus ou moins gracieuse. De tous les « acteurs » (le personnel de l’établissement), pas un seul n’a souri de toute la soirée.

Le matin, nous avions fait le « tour des églises » : catholique, mormons, protestants – réformés. Même dans les maisons de Dieu, un dimanche, je n’ai pas trouvé de joie de vivre.

De quel mal souffrent les Tonga ? Je ne le sais et je ne tourne pas en ce moment autour de la planète pour la soigner, juste pour la découvrir.

« Amis des Tonga », il ne me semble qu’il ne vous reste plus qu’à prier pour qu’il se mette à neiger sur vos collines et qu’un milliardaire fou y construise un remonte pente. Mon copain Philippe sera heureux de venir m’y donner des cours de ski. Trouvez nous deux Solex pétaradant et vous allez voir comme nous allons vous réveiller …
Allez, rendormez vous, ce n’était que de l’humour.


Charles Château

samedi 8 mai 2010

Rarotonga – Papa Joe Land



En provenance de Raiatea – Polynésie Française, quittée avec regrets (allez savoir pourquoi …), nous sommes arrivés à Rarotonga, la capitale de l’archipel des îles Cook dans la nuit du 26 au 27 avril 2010. La traversée a été assez difficile : soit pas de vent, soit la tempête. Il pleuvait tant, pour les dernières manœuvres, que même avec des vêtements faits pour cela, j’étais trempé.
L’entrée dans le port n’a pas été simple car il n’y a aucun balisage. Donc soit nous sommes bon … soit nous sommes coulés !!! Comme à la bataille navale.
Sur le quai, un homme nous a fait signe de nous amarrer le long d’un poste fait pour des cargos. Non seulement les grosses protections noires ont sali notre belle coque blanche, mais en plus, exposés dans l’axe de la passe, nous nous sommes fait secouer tout le restant de la nuit.
Autant dire que, bien que loin d’être frais, c’est avec joie que nous avons salué le jour et sommes vite partis nous réfugier dans l’ersatz de port de plaisance en cours de construction.
Sitôt amarrés, une petite voiture verte arrive et en descend un homme d’un âge respectable. Vu qu’il ne semblait y avoir que des habitués dans ce lieu et que nous étions sur le même quai qu’un Tug Boat, pour moi c’était clair qu’il venait nous demander de partir. Dans ces moments là, nous avons pour technique de prendre les devants. Nous lui expliquons donc que nous ne restons là que le temps de nous organiser (informations, formalités, changement de monnaie,…) et de prendre un solide petit déjeuner, bien mérité après nos dernières « aventures ». Sa réponse nous surprend « I bring you to » (je vous emmène). Est ce la fatigue, la surprise, ma maladresse ? Toujours est il qu’en débarquant du bateau, je me rate et fini dans l’eau du port.
Serviette, vêtements secs et nous voici dans la voiture de notre « sauveur » qui traverse la ville et, à notre grande surprise, nous emmène chez lui. Là, il met sa salle de bain à notre disposition, nous demande de surveiller la cuisson des œufs pendant qu’il disparaît nous laissant la maison, les chiens, le portefeuille, … A son retour, il étale sur la table du pain frais et des spécialités locales dont je me régale.
Une fois à bord, nous apprenons que Joseph Makea (Arataki Ikaia Joseph Makea Vakatini Araki pour être précis) est le Roi des îles Cook.
Contrairement aux Chefs Traditionnels africains avec lesquels j’ai passé des heures et des heures dans les « cases à palabre » à … palabrer, « Papa Joe » comme on le surnomme affectueusement ici, ne se prend pas pour Dieu et ne s’approprie aucun pouvoir mystique. Il est même profondément chrétien, ayant offert le terrain et une partie des fonds nécessaires à la construction de la plus belle église de l’île.
L’état prend à sa charge ses frais courants et lui accorde certains privilèges dont celui de distribuer ou pas les licences de vente d’alcool. Ce qui, dans un pays (comme bien d’autres) où ce commerce est des plus lucratifs, en fait un homme très courtisé par la plupart et « détesté » par quelques personnes. Par exemple, ses convictions l’ont amenées à interdire la vente de spiritueux sur un mini golf fréquenté en grande partie par des enfants et des jeunes. C’est tout à son honneur.
Papa Joe m’a fait penser à ma mère : une « tête qui cherche à rendre service ». Maman n’avait pas fini de dire « vous en reprendrez bien un peu » que votre assiette était déjà pleine. Papa Joe a déjà embrayé la 1ère qu’il vous demande si vous voulez qu’il vous dépose quelque part.
A la longue, c’est peut-être un peu lourd, surtout dans une petite île. Mais sur 3 jours, comme ce fut notre cas, c’est tout à fait supportable, adorable et … bien pratique.

Difficile de parler objectivement de Rarotonga - Cook. Je quitte une Polynésie où j’ai laissé une partie de moi, de mon âme et de mon cœur.

Ma première impression a été la même que quand, habitant à St Malo, j’allais faire un tour à Jersey, une île britannique juste devant la Bretagne et la Normandie. So British.
Déjà, ils roulent à gauche !!! J’ai commencé mon séjour sur place par manquer de me faire renverser en traversant la route. Ensuite, c’est très propre avec des poubelles de partout. Il faut que Raiatea et autres viennent prendre des leçons. Les gens ont le « look » polynésien et la langue maternelle est très proche de celle entendue dans les rues de Papeete ou d’Atuona. Ils parlent un anglais avec un fort accent, sont polis, gentils, … Leur monnaie est la même qu’en Nouvelle Zélande, pays dont ils se sentent très proches. Ils ont le même passeport, les mêmes produits dans les boutiques et ont généralement au moins un membre de leur famille qui y est installé.
Le pays est « safety », le seul travail de la police, très présente, semblant être d’inviter certains, le soir, à ne pas boire le verre de trop.
Nous n’avons vu que l’île principale. En fait, il y a peu d’îles, 3 ou 4 sont « navigables » et elles sont toutes assez éloignées les unes des autres (entre 130 et 250 Milles Marins). Il y aurait quelques îles avec lagon dont Aïtoutaki, mais qui, selon ce que j’en ai vu en images, n’aurait pas grand chose à voir avec des îles comme Rangiroa ou Bora Bora.
La montagne semble très jolie. On dirait un peu Moorea. Elle est parcourue par un sentier pédestre que nous n’avons pas essayé, en raison de la météo et du temps que nous comptions rester sur place.

Ici, pas grand chose est organisé pour les yachts tels que Félix. Le système local consiste, entre les diverses taxes, à prendre un maximum d’argent en un minimum de temps au plaisancier. Par exemple, il en coûte l’équivalent d’environ 20 € par personne pour entrer et 30 € pour sortir du pays. Il n’y a pas de chantier naval, pas de boutique spécialisée, pas de station service « bateaux »…
Il y a peu de place à quai, mais elles ont l’eau et le 220V. Sinon, c’est mouillage dans le port au milieu des cargos et pêcheurs.

Une petite plaisanterie avant de refermer ce chapitre écrit alors que nous nous dirigeons vers les Tonga : il devrait bientôt y avoir une « place Jacques Chirac » devant le port d’Avatiu. En effet, c’est là qu’était basé le mouvement de protestation contre la reprise des essais nucléaires français à Mururoa en 1995. La flotte de Greenpeace et de ses amis, la presse, les curieux, … Tout ce monde remplissait les restaurants et les boutiques de souvenirs, venait et repartait en avion, téléphonait beaucoup,… Certain auraient fait fortune grâce à cel