Mon « Maître » en photo (voir l’article : « Merci Henri »), pour que les sujets à photographier se tournent vers lui et lui sourient disait toujours « vers moi … ».
Si Henri était venu aux Tonga, il n’aurait pas arrêté de prononcer cette phrase. Et pourtant, l’archipel n’est qu’à 2500 Km de Tahiti, île où tout le monde ou presque semble heureux de vivre.
Les Tonga sont un royaume qui s’étire du sud au nord sur environ 300 Km, entre Polynésie Française et Fidji. L’île la plus touristique est celle de Vava’U. Et c’est vrai que ça a l’air joli. J’y ai fait une entrée de nuit sous la lune et j’ai eu beaucoup de plaisir à naviguer au milieu de tous ces rochers, à m’enfoncer, un peu comme au Guatemala, dans une baie cernée de collines verdoyantes et à découvrir un mouillage bien protégé avec de beaux corps-morts.
Mais une fois débarqué, le samedi précédant la fête des mères, quelle déception.
Pour résumer, les Tonga c’est un pays du tiers monde. Ce n’est pas un pays en voie de développement, mais plutôt en voie de régression. Il y a des ruines de partout, rien n’est entretenu, rien ou presque rien ne semble être fait pour développer une activité quelconque. Dans les autres pays de ce type que nous avons traversés depuis notre départ de France métropolitaine en septembre 2008, il y avait partout des petits vendeurs, des artisans, des gens qui donnaient l’impression de chercher à se sortir de leur condition.
Comme souvent, ce n’est pas propre, les voitures sont délabrées, les trottoirs chaotiques, … Cela peut sembler surprenant, mais habituellement, dans cette « crasse » et ce désordre, il y a une vie. J’ai vu, principalement en Amérique Centrale, des épaves de bus Volkwagen transformées en boutiques, des gens vendant des objets plus que probablement trouvés au milieu de déchets, … Aux Tonga, c’est sale … Point.
Il y a des banques (relativement beaucoup), dont les inévitables « Western Union » et « Money Gram » qui permettent de transférer de l’argent liquide d’un pays vers un autre. Il y a aussi quelques boutiques. Elle se ressemblent toutes, sont petites, peu achalandées, pas avenantes, … Il n’y a aucun effort « commercial » qui y est fait tel que de la lumière, des promotions, une jolie présentation, … Je n’y ai pas vu de produits que je qualifierai de (pour moi) sympathiques pour le marin qui débarque : fromages, bonnes crèmes desserts, beaux steaks bien épais, …
Le marché est au diapason du reste : petit, pas de vie, pas de produits flamboyants. Ah, qu’il est loin le marché de Papeete avec ses couleurs et ses odeurs, ses beaux poissons, ses belles fleurs et sa musique, …
Car, et c’est à mes yeux le plus triste, il n’y a pas de joie de vivre dans ce pays. Pas de fleur offerte par un homme amoureux d’une jolie femme pour son oreille, pas de musiciens qui font la « manche », pas d’enfants espiègles qui courent dans tous les sens, …
J’ai traversé le marché en diagonale. Nul ne m’a interpellé pour me proposer d’acheter, à « meilleur prix » le plus beau des fruits, ni ne s’est mis en travers de mon chemin avec une « grappe » de poissons tous plus beaux les uns que les autres. Pourtant, les poissons y sont, je les ai vus depuis le bateau.
Nous sommes allés manger le dimanche soir dans l’un des trois ou quatre restaurants pour touristes, installé juste entre les agences locales des deux leaders mondiaux de la location de voiliers. Cadre superbe, nourriture raffinée et bien présentée, … L’hôtesse était jolie, très professionnelle, très avenante. Tiens … Elle nous a dit avoir passé six mois dans une école spécialisée aux Fidji afin d’apprendre tout cela. A ce moment là, je l’ai observée différemment et il me semble bien que chacun de ses actes, dont ses sourires (naturels chez tout commerçant en particulier et chez tout individu en général) était le résultat d’un « formatage » !!!
Pendant le repas, en raison du « mother’s day », il y avait régulièrement un mini spectacle. C’était toujours le même : quelques chants en play back avec une sorte de déambulation plus ou moins gracieuse. De tous les « acteurs » (le personnel de l’établissement), pas un seul n’a souri de toute la soirée.
Le matin, nous avions fait le « tour des églises » : catholique, mormons, protestants – réformés. Même dans les maisons de Dieu, un dimanche, je n’ai pas trouvé de joie de vivre.
De quel mal souffrent les Tonga ? Je ne le sais et je ne tourne pas en ce moment autour de la planète pour la soigner, juste pour la découvrir.
« Amis des Tonga », il ne me semble qu’il ne vous reste plus qu’à prier pour qu’il se mette à neiger sur vos collines et qu’un milliardaire fou y construise un remonte pente. Mon copain Philippe sera heureux de venir m’y donner des cours de ski. Trouvez nous deux Solex pétaradant et vous allez voir comme nous allons vous réveiller …
Allez, rendormez vous, ce n’était que de l’humour.
Charles Château


