mardi 1 juin 2010

Fiji Islands : the Hidden Paradise



Boula (« Ia Orana » ou bonjour en fijien) ou bonjour.

Autant les Cook ne m’ont pas emballées et les Tonga ont été décevantes, autant j’ai été séduit par les Fiji. Seraient elles le « Paradis Caché » ?

Pour commencer, je dirai que sur un plan purement « voile », j’ai pris beaucoup de plaisir à glisser le bateau entre ses récifs et ses diverses petites îles. Naviguer à la voile dans des passages étroits avec du courant pas toujours dans le sens du vent m’a fait penser à mes premières armes du côté du Cap Cepet dans le Var ou du phare du Petit Minou à la sortie de la Rade de Brest.
A 10 ou 12 ans, j’ai vu un club de Tahiti  se faire « étriper » par le PSG (5-0) dans le cadre de la coupe de France de football. Néanmoins, les joueurs étaient contents, expliquant cela par le fait que, dans le Pacifique, on a toujours le sourire … Ce sourire, je l’ai vu et ressenti en Polynésie Française, un peu aux Cook, pas du tout aux Tonga mais énormément dans cet archipel … Les fidjiens m’ont donné le sentiment d’être heureux de leur sort.

Le pays est, ce que l’on peut appeler,  et sans aucune intention de vexer qui que ce soit, un pays pauvre. Par exemple, même dans la capitale ou dans LA ville purement touristique, je n’ai pas vu de grosse Mercedes, de Porsche ou de ces signes ostentatoires de richesse. C’est un pays qui a des valeurs que, je le crois, nombre de peuples se devraient de développer.
La première de ces valeurs et qui saute aux yeux est la propreté, tant des corps, que de l’âme ou de l’environnement.
Durand nos deux semaines d’escale, je n’ai pas vu de gens « sales », pas ou peu de clochards, pas « d’épaves de la Société », … Les gens, même s’ils ne sont vêtus que d’un T Shirt et de leur Sulu (jupe traditionnelle que portent autant les femmes que les hommes), sont propres sur eux.
Et ils le sont aussi dans « leur tête », développant un sens inné de l’accueil. Ce n’est pas un accueil « formaté » comme nous l’avons par exemple rencontré à St Thomas, dans les Iles Vierges Américaines. Là, en toute honnêteté, une policière nous avait expliqué que dès leur plus jeune âge, on apprend aux enfants que les touristes sont « le sang qui coule dans les veines du pays ». Aux Fiji, c’est naturel, désintéressé et si agréable.

Contrairement à ce que disent certains guides de voyage, que ce soit dans la capitale (Suva), dans les lieux purement touristiques (Port Denarau, Nadi, Savusavu), ou en brousse, je n’ai pas ressenti d’insécurité. Il n’y a même pas « d’agressivité commerciale ». Contrairement à Bora Bora, (entre autre) où l’on vous arrête dans la rue pour proposer des perles ou une excursion, les commerçants sont discrets et ne sortent pas de leur boutique pour forcer à acheter quelque chose …

Le fidjien est respectueux de tout et de tous. Au contraire de certains américains, personne ne m’a indiqué une mauvaise direction par faute de reconnaître ne pas savoir où se trouve une boutique ou un restaurant.
Ce respect, il est aussi TRES visible dans les bus. Spontanément, les enfants se lèvent pour laisser leur place aux anciens, personne n’écoute du RAP de manière à « en faire profiter la terre entière », les gens sont polis, gentils et serviables. Quand je pense au « cirque » que nous mettions avec mon copain Philippe dans le bus qui nous menait au lycée, au ski ou à la voile … Il est probable que si nous avions été fidjiens, un adulte se serait vite chargé de nous donner « des cours de civisme particuliers ».
Les autorités ne se prennent pas pour « Rambo » et ne considèrent pas avoir tous les droits. Leurs services de l’immigration sont les premiers depuis notre départ de France, en septembre 2008, à avoir spontanément enlevé leurs chaussures en montant sur le pont. Au bout de 20 minutes de formalités simples, courtoises et bon marché (8 €), nous avons été accueillis par un « welcome in Fiji ». Pour être tout à fait en règle, il nous fallait aller payer la fameuse taxe à l’hôpital le plus proche. Cela nous a donné l’occasion de constater que le système de santé est totalement gratuit pour les habitants du pays, performant, propre et humain. Même si, comme en Afrique, ils s’appuient  sur l’aide internationale (beaucoup le Japon),  celle-ci ne semble pas être détournée et chaque US $ est utilisé à bon escient.
Ils sont une ancienne colonie britannique (parlent anglais et roulent à gauche) et cela se ressent dans leur politesse, leur gentillesse et leur éducation. Un samedi, nous partons en quête de l’une des seules fermes perlières du pays. Au bout de 10 minutes de marche c’est le déluge et nous avons le sentiment de l’avoir ratée. Sur une petite butte, il y a une maison des plus modestes en planches de bois et toit fait de plaques de tôles. Sous l’abri ouvert qui donne sur ce qui doit être la pièce principale, une vieille dame, un bébé et un homme de mon âge nous observent. Quand je lui demande notre chemin, spontanément, il nous invite à nous abriter chez lui. Nous sommes restés une demi-heure à parler avec cet électricien de condition modeste mais qui a, à mes yeux, la plus grande richesse qui soit : celle du cœur.

Pendant notre séjour au quai de Raiatea – Polynésie Française, tous les matins, c’était le même cérémonial : il fallait trouver une poubelle ou réussir à mettre notre sac dans celle du supermarché sans se faire disputer par un gardien. Aux Fiji, il y a des poubelles partout !!! Les rues sont propres, pas un papier qui traine par terre ou un graffiti sur un mur. Nous avons pris un dimanche un bus qui traversait la deuxième plus grande île de l’archipel : Vanua Levu. Nous partons de la ville principale (Savusavu) et au bout d’une dizaine de kilomètres le goudron s’arrête pour faire place à une piste de terre battue. Pendant plusieurs heures nous avons traversé une brousse qui m’a fait penser au Cameroun. Nombre de village dans lesquels nous nous sommes arrêtés n’ont pas l’électricité, certains n’ont même pas l’eau courante. Les gens y vivent dans des cases de bois. Et bien, même dans ces lieux, c’était propre … J’y ai même vu des poubelles de tri sélectif !!!

Au début de cet article, j’ai écrit « Pays Pauvre ». Il paraît que l’on dit, pour être politiquement correct, « Pays en Voie de Développement ». S’il y a bien un pays que j’ai visité qui mérite amplement cette appellation, ce sont les Fiji.
Car le fidjien se donne les moyens de réussir et progresse.
Ce pays était, encore récemment, une dictature. Contrairement à nombre de peuples (je pense spontanément à certains de l’ex bloc soviétique), il ne s’est pas relâché en tombant dans une sorte de laxisme résultant d’une nouvelle Liberté et de l’arrivée de fonds internationaux.
Les gens semblent vivre en bonne intelligence entre eux. Les églises de diverses confessions côtoient les mosquées ou les temples bouddhistes. Selon la police, il y a rarement des oppositions entre les communautés et, quand il y en a, elles ont toujours un conflit commercial pour cause. La grande Bretagne a importé, au début du 20ème siècle, des indiens (d’Inde …) pour principalement construire les routes. Ils y sont restés et semble s’être mieux assimilés à la population locale que les chinois de Polynésie, même si le Président actuel s’y nomme … Tong Sang.
Petit point qui m’est significatif : aux Fiji, personne ne m’a dit que j’étais un étranger, contrairement à Rangiroa, dans les Tuamotus …

La plupart des adultes travaillent (actuellement, cela ne va certainement pas durer) pour 2 US$ de l’heure. Ils travaillent dur, bien, beaucoup et semblent ne jamais se plaindre. Nous avons échangé avec des chefs d’entreprises.  Deux américains qui construisent des maisons et un néo zélandais qui ramasse les ordures nous ont fait part de leur plaisir de travailler avec ce peuple attachant, performant et qui cherche à se développer. Pour preuve s’il en est : The University Of Fiji est décrété, pour le 21ème siècle, « National Priority ».

Peu de touristes venaient aux Fiji. Alors, le gouvernement a pris les choses en main.
Il a commencé par choisir le lieux d’où partirait son développement : ce sera l’ouest de l’île principale en raison de son lagon, de ses petites îles et « motu » (petite îlot de corail), de la proximité d’un joli archipel situé au nord ouest du pays et de sa grande plaine. Là, il a construit un aéroport international que j’ai préféré de loin à celui de Tahiti et y a attiré d’ores et déjà plus de compagnies aériennes. Et tant pis si c’est au détriment de celui de la capitale Suva. Le touriste doit se sentir « roi » et ne pas avoir à faire 3 heures de bus en débarquant.
Ensuite, il s’est occupé du seul port en eaux profondes de la région : Lautoka. Création d’un quai et des structures pour l’accueil de paquebots, élargissement en 4 voies de l’axe routier qui va à Nadi (la grande ville touristique), aménagement du quartier entre le port et la ville, …
Cerise sur le gâteau, il a « inventé », dans une ex vasière, Port Denarau. Port Denarau, c’est un village moderne qui donne sur un port de luxe. Tout y est prévu pour que Madame dévalise les boutiques de luxe avant de retrouver Monsieur de retour du golf pour déguster un plat fidjien, italien, américain ou indien en admirant les supers yachts. Bien entendu, Port Lautoka a ses résidences dont certaines avec ponton privé et ses hôtels 5 étoiles. Des navettes gratuites fonctionnant 24/24 et 7 jours sur 7 emmènent les touristes au Casino ou aux diverses activités : excursions vers les îles, parachutisme ascensionnel et chute libre, ski nautique, … Il y a même une plate-forme pour hélicoptère.
Quand nous étions à Moorea, nous nous sommes arrêtés à l’école d’agriculture. Pris en stop pour y aller par un de ses professeurs, nous lui avons demandé pourquoi la plupart des fruits et légumes vendus en Polynésie Française étaient importés, donc participaient au fait que la vie y est particulièrement chère et que le moindre cyclone vous prive, par exemple, d’un bon couscous aux légumes frais. Sa réponse a été très claire : « sous ses latitudes, cela ne pousse pas … ». Ah bon ? Je ne m’y connais rien dans ce domaine, mais je sais lire un GPS. Cette école est située par 17º 31’ de latitude Sud,  la ville de Lautoka, au Nord Ouest de la principale île des Fiji l’est par 17º 36’ de latitude Sud. Pour ceux qui ne le savent pas, 1’ de latitude égale 1852 mètres. Et à Lautoka, il y a un marché regorgeant de fruits, légumes et épices tous plus savoureux les uns que les autres. Comme à Suva la capitale ou à Savusavu, notre première escale dans ce pays. Rien, ou presque rien, de ce qui y est vendu n’est importé. Est ce à cause de cela que la vie y est bien moins chère que partout où nous sommes passés dans le Pacifique ? Bien entendu, le T-Shirt « I Love Fiji » est vendu au même prix que le T-Shirt « I Love San Francisco » ou « J’aime Seynod », puisque certainement fabriqué aussi à Taïwan ou à Hong Kong …
Si les restaurants locaux sont sympathiques et bons marchés, les portions sont pour ascètes et nous nous sommes surpris à commander plusieurs fois le même plat ou à manger dans plusieurs restaurants pour satisfaire notre faim. Ce qui est loin d’être déplaisant. ATTENTION, pour les palais sensibles, la nourriture est TRES épicée.
Et pour les enfants, les jeunes ou les autres, le Menu Maxi  Best Of Big Mac, avec Grande Frite et Grand Coca avec autant de sauces que désiré est à 5 US $

Les fidjiens découvrent le nautisme et l’apport qu’il peut leur apporter.
Il ne semble pas y avoir encore de vrai magasin spécialisé nautisme tels que nous les connaissons en France ou aux USA. Mais Fedex fonctionnerait très bien et l’importation de pièces détachées serait très simple au niveau administratif. Il semblerait n’y avoir, sur tout l’archipel, que quatre marinas. Nous les avons toutes visitées.
Savusavu, sur l’île de Vanua Levu (au Nord Est) a peu de place à quai, mais des bouées bien solides à 5 US$ par jour comprenant aussi les douches, la « Laundry », le dinghy dock, le gardiennage 24/24, la proximité de la ville, une connexion WiFi pas très chère … et le sourire de la charmante hôtesse de l’accueil.
Suva a une belle marina, mais toute petite. Là, mouillage et dinghy pour profiter des services et de la proximité de la ville (1,5 US$ pour y aller en taxi).
Vuda Point semble être un trou à cyclone avec quelques places à quai et un chantier capable de sortir des bateaux d’une taille respectable. Si la situation « géographique » au fond d’une baie emplie de vase la protège des hypothétiques phénomène naturels, elle attire les moustiques qui eux, ne sont pas « hypothétiques ». De plus, on y est loin de tout, sauf du bar. Pour les amateurs de bières dont je ne suis pas …
Et puis Port Denarau. C’est LA marina par excellence avec ses pontons flottants neufs, son eau potable, son cadre, … Pour la première fois depuis le départ de France voire même de ma carrière de skipper, j’y ai vu des bornes électriques accueillant  toutes les prises et tous les systèmes existants … Le tout à 25 US$ par jour. Moins cher qu’à Toulon ou à Malte.

Sur les publicités, il est écrit : Fiji, the hidden paradise » (Fiji, le paradis caché). Je serais de mes amis chargés du tourisme dans cette Polynésie Française qui a tant d’importance dans mon cœur, à moins de sérieusement remettre en cause beaucoup de chose au Fenua, je souhaiterai vivement qu’il le reste longtemps encore …


Quand j’étais adolescent, fin des années 70, j’ai lu le livre d’Alain Pierrefitte : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Depuis, la Chine s’est réveillée et il est trop tard pour trembler, il faut « faire avec ». A part les stations de ski et le plus bel endroit du monde (la rade de Brest, bien entendu !!!), nombre de destinations touristiques devraient se souvenir de la leçon …

Charles Château

1 commentaire:

  1. Merci Charles pour ce texte passionnant.
    Je t'envie dans la liberté !

    BF
    Didier

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