jeudi 18 février 2010

Marins d'eau douce

Je suis issu dʼune famille où, depuis des générations, les hommes se passent, de père en fils lʼAmour de la Mer. Ils se transmettent aussi un peu de cette science nécessaire pour faire avancer ces merveilleux objets de communion avec elle que lʼon nomme « les bateaux ».

Quand jʼétais enfant, tout virement de bord raté ou tout nœud mal fait me valait dʼêtre traité de « Marin dʼEau Douce ». Plus tard, que ce soit en tant que moniteur de voile, skipper ou simple ami / parent / collègue de travail, jʼai, à mon tour, affublé du même

qualificatif ceux et celles qui ne partageaient pas ma passion selon les règles de lʼart.

Et puis, en 2002, je suis devenu aussi un professionnel des voies fluviales et des canaux. Sur ma propre péniche de commerce, en deux ans et demi, des Pays Bas à Sète, jʼai parcouru plus de 33 000 Km et ai franchi plus de 4 000 écluses.

Avec mon équipage nous avons connu les crues de la Saône à Pontailler, les glaces à

Digoin, le brouillard à Maastricht ou les écluses bondées des polders néerlandais,...

La nuit venait de tomber le 1er septembre dernier quand jʼai engagé Félix, le catamaran

que jʼai en charge, dans lʼécluse aval de Gatun, la première du Canal de Panama dans

le sens Atlantique – Pacifique. Quand le cargo qui nous précédait a remis en marche son énorme hélice, nous avons été aspirés et nous nous sommes mis en travers, à 5 nœuds, droit vers les charnières de la porte aval droite qui attendaient nos poupes comme une mâchoire géante attendrait sa proie.

Dans ces moments-là, il est trop tard pour réfléchir. Seul le travail fait avant et lʼexpérience comptent. Ayant lʼhabitude des reflux entre autre du Canal du Nord, jʼai remis le « fauve » sur ses rails et nous avons éclusé normalement. On mʼavait dit que le Canal de Panama était difficile avec un bateau de plaisance. Une américaine lʼa même qualifié de « scarry » quelques minutes avant notre appareillage. Entre les remous dans les écluses, les courants qui vous emmènent à 5 nœuds dans lʼarrière du cargo qui vous précède ou le pilote qui se trompe et fait que le bulbe du cargo suivant sʼarrête à 1m50 de vos panneaux solaires, oui, le Canal de Panama a été à la hauteur de sa réputation.

Pourtant, Félix en est sorti sans une égratignure et le « chef » de nos « liners » qui font passer deux bateaux de plaisance par semaine, nous a félicité pour la douceur du passage nous apprenant que jamais ils nʼavaient eu aussi peu de travail sur les amarres qui maintienne le bateau au milieu de lʼécluse.

Si ce catamaran est un bon bateau que je commence à bien connaître, il est indéniable que mon expérience du fluvial a fait la différence. Merci à toutes ces fois où je me suis « raté » - mais avec un bateau en acier de 6mm, comme merci pour tous les conseils donnés gratuitement par des vieux mariniers dont tous ne savaient pas lire mais qui portent en eux une connaissance séculaire des choses de la Voie dʼEau. Tout cela nous a permis de faire que ce passage du Canal sera lʼune des plus riches expériences de ce début de voyage qui nous a déjà emmenés au travers de lʼAtlantique, sur les Antilles, les

Iles Vierges, les USA de New York à Key West, le Bélize ou la jungle du Guatemala …

Dorénavant, jʼutiliserai le terme « Marin dʼEau Douce » uniquement pour complimenter quelquʼun qui a su faire la quintessence dʼun ensemble hétérogène de savoirs liés au bateau.

Charles Château

A bord de Félix




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