mardi 2 mars 2010
Coast Guards
samedi 27 février 2010
Tsunami
mercredi 24 février 2010
Putxxx d'Horizon

mardi 23 février 2010
Manger ou se nourrir ?

En mer, peut être plus qu’ailleurs, la nourriture a beaucoup d’importance.
Tout navigateur rêve, un jour ou l’autre, d’une île surgissant de la tempête où il pourrait faire « a break in the rush », amarrer son bateau pendant quelques heures et prendre un bon repas sur une table qui ne bouge pas.
J’ai récemment fait un tel rêve, d’où ces quelques lignes. Le problème, c’est que mon rêve se finissait en cauchemar sous la forme d’une voix de casserole qui me demandait « french fries or potatoes ? ». Une HO – RREUR !!!
Comme tous les français de ma génération, j’ai passé une bonne partie de ma vie à m’empoisonner, persuadé que, de la cuisine française (la meilleure gastronomie du monde selon 150% des compatriotes de Paul Bocuse), celle faite par MA mère était encore un ton au dessus. J’ai le gros « inconvénient » de ne pas grossir, donc d’avoir peut être plus de mal que d’autres à prendre conscience de certaines choses.
Et puis un jour, à quelques encablures de Hammamet, c’est le coup de barre à cause d’une mal - alimentation.
La première réaction, c’est de remettre totalement en question ses habitudes. Du jour au lendemain, on ne change pas seulement ce que l’on ingurgite, mais aussi sa vision de la nourriture, son comportement à table, son esprit … C’est la phase dite de « décontamination. Cette phase m’a été indispensable. J’y ai été aidé par une équipière qui vomit quasiment toutes les frites ou glaces qu’elle mange, bien qu’elle les adore. Heureusement pour elle, elle est suisse, … pas belge*. Denise m’a fait redécouvrir des saveurs oubliées, de ces petites joies toutes simples telle que celle de croquer dans un fruit bien ferme. Cette phase m’a fait un bien fou au niveau physique. Mes coups de « pompe » ont disparu, je suis devenu plus endurant, mon odeur a changé … Mais la tête ? La pendaison de Judas prouve que l’homme qui se renie et brûle les siens n’est pas heureux.
D’un tempérament plutôt extrémiste (pas en politique !!!), j’ai ensuite connu une phase opposée, faite de Mac Do et de cassoulets tous plus gars les uns que les autres … L’enchaînement de ces deux phases, alliées aux aléas de la vie et aux difficultés rencontrées (merci PS !!!), m’a fait me perdre avec moi-même et pas que sur un plan alimentaire.
Heureusement, avec l’aide de la vie, de l’océan, de ceux qui vous aiment et du peu de bon sens qui sommeille en chacun de nous (si, si, … j’ai mis du temps à trouver, mais j’y suis arrivé), le juste équilibre devient une évidence.
Il y a un lien comme circulaire entre trois données : ce que l’on mange, ce que l’on fait et dans quel état mental on est.
Lors de la traversée San Francisco – Hiva Oa en décembre dernier, j’ai passé une semaine sans soleil, à manœuvrer en permanence sans jamais vraiment dormir. Pendant cette semaine, je ne mangeais pas, je m’alimentais.
Et puis un matin, le ciel a changé de couleur, le vent s’est calmé et le soleil s’est mis à briller … La tempête était passé.
Ma première réaction, moi l’affamé, a été de nettoyer de fond en comble le bateau. Ensuite, je me suis bien lavé, j’ai cuisiné, organisé une jolie table et à moins de 100 Km au Nord de l’Equateur, alors qu’il faisait près de 30ºC, j’ai enfilé un costume et une cravate. J’avais rendez vous avec moi. La Légende des Volets Clos de Dan Ar Braz avec Carlos Nunez à la flute a mis une touche de magie finale à cet instant.
Se nourrir n’est pas un mal nécessaire, c’est aussi un moyen de communier. Avec soi même, avec ceux que l’on aime, mais aussi avec ses racines.
Quand « mon Luké » m’a invité à son bord à la Grenade, alors que nous ne nous étions pas revus depuis un an à Sète, il ne m’a pas fait un discours sur la solidité du lien qui nous uni. Il a jeté simplement des oignons dans une poêle qu’il a marié avec quelques pates et un peu de viande. Et le carré de Belle De Lune est devenu, à mes yeux, le plus bel endroit du monde. Comme un Lit d’Amour est un lieu où s’expriment physiquement des sentiments, nos agapes sont devenues un hymne à l’Amitié, à la Fraternité, à ce lien unique qui lie des hommes dont le cœur bat à la même cadence quand ils regardent dans la même direction.
Manger, c’est aussi se faire accepter et dire à l’autre qu’on le prend tel qu’il est, avec ses différences culturelles. Quand avec Claude Borreau nous négocions, auprès des nomades mauritaniens, la création de Centre de Soins de Santé Primaires, rien n’était envisageable tant que nous n’avions pas présenté notre « passeport » : notre aptitude à manger, selon la Tradition, le mouton. Et je me souviendrai toute ma vie de cet ado de Ruffisque (20 Km au Sud de Dakar) qui, sortant de prison, m’a promis de retourner à l’école si je mangeais le Tieb Bou Dien comme un vrai sénégalais. Il est retourné à l’école et moi, je me suis régalé …
Partout où je vais, je me délecte de ces spécialités mangées dans les quartiers populaires. Je ne suis pas de ceux qui croient connaître la planète en connaissant le prénom de tous les chefs des Hôtels Le Méridien (hello Jean Michel). A la Grenade, par exemple, j’ai suivi les employés de la banque où je changeais mes sous lors de leur pause pour découvrir LE petit restaurant caché au fond d’une cour. A Papeete, c’est le gardien de la Marina qui m’a montré la « roulotte » de la mama chinoise. Trois jours malade à mourir, mais j’ai survécu. Dorénavant, appelez-moi « Jesus ». Les matchs de la dernière Coupe du Monde de football, je les suivais depuis les « Take Away » de Malte. Quand aux frites de la Frituur de Royers Sluis à Anvers, demandez à mon chien ce qu’il en pense. J’ai même aimé le petit déjeuner aux Bahamas. C’était artificiel, TRES nutritif, sans personnalité, … C’était les Bahamas !!!
Je dois être un mauvais marin : je n’ai pas une femme dans chaque port, « dommage pour elles » aurait dit Gainsbourg. Mais je connais, dans quasiment chaque endroit où je suis allé, un lieu où l’on peut, avec la complicité de quelques mets locaux, avoir des échanges qui permettent de mieux connaître le pays que n’importe quel cours de géopolitique. Voici une idée pour les leçons de géographie : des repas découverte où un invité parlerai de son pays.
Je crois que si Socrate avait raison quand il disait « Homme libre, toujours tu chériras la mer », il me semble que les hommes de mer se doivent de promouvoir la Liberté. Et la Liberté, c’est de se donner les moyens d’être heureux, y compris au travers de la nourriture.
Cela veut il dire que je suis devenu une sorte de Labrador gargantuesque qui sait, en plus, monter un cata à plus de 20 Kt ? Non, je fais très attention à ce que je mange, et je gère mes repas en fonction de mon activité physique. Je privilégie aussi la qualité à la quantité. Cela me permet de pas faire la fine bouche devant la salade tahitienne d’Angela et Maeva ou les lasagne de Ghanya lors mon anniversaire …
J’écris ces lignes alors que le ponton le plus proche est celui du Mac Do de Punaauia au Sud de Papeete. En près de deux mois ici, j’y ai mangé deux fois : une fois parce que j’avais envie et l’autre parce que surpris par la pluie en allant au pain, j’y ai retrouvé un copain venu comme moi s’y abriter.
Je radote certainement, mais à mes yeux, les plus belles choses sont celles que l’on partage. Donc une petite dernière pour la route : le 18 décembre dernier, via un petit mot sympa, Denise, mon équipière habituelle, m’offre pour le passage de l’Equateur, une jolie boite de chocolats qu’elle avait cachée.
Je n’en mange qu’un ce jour là, puis un autre, une fois arrivé, le soir de Noël. Le surlendemain, je pars me recueillir sur la tombe de Brel où je prends un malin plaisir à déguster un chocolat en forme d’étoile, offert par une suissesse pour saluer le chanteur belge de « l’inaccessible Etoile » enterré aux Marquises. Arrivé au musée Brel, j’apprends qu’il est fermé. Je suis d’autant plus embêté que mes chocolats fondent faute d’être mangés !!! On m’a confié la clé du musée, je suis resté tant que j’ai voulu et j’ai fini la boite de chocolat avec le maire, un ami de Jacques Brel, un ancien pilote de l’aéronavale qui en a certainement fait des vertes et des pas mures, …
Manger ou se nourrir ? L’important, c’est d’être heureux. La vie est un festin. Bon appétit !!!
Charles Château
* : malgré trois re - lectures, je suis TRES content de mon clin d’œil à ces deux peuples que j’aime tant.
jeudi 18 février 2010
Marins d'eau douce

Je suis issu dʼune famille où, depuis des générations, les hommes se passent, de père en fils lʼAmour de la Mer. Ils se transmettent aussi un peu de cette science nécessaire pour faire avancer ces merveilleux objets de communion avec elle que lʼon nomme « les bateaux ».
Quand jʼétais enfant, tout virement de bord raté ou tout nœud mal fait me valait dʼêtre traité de « Marin dʼEau Douce ». Plus tard, que ce soit en tant que moniteur de voile, skipper ou simple ami / parent / collègue de travail, jʼai, à mon tour, affublé du même
qualificatif ceux et celles qui ne partageaient pas ma passion selon les règles de lʼart.
Et puis, en 2002, je suis devenu aussi un professionnel des voies fluviales et des canaux. Sur ma propre péniche de commerce, en deux ans et demi, des Pays Bas à Sète, jʼai parcouru plus de 33 000 Km et ai franchi plus de 4 000 écluses.
Avec mon équipage nous avons connu les crues de la Saône à Pontailler, les glaces à
Digoin, le brouillard à Maastricht ou les écluses bondées des polders néerlandais,...
La nuit venait de tomber le 1er septembre dernier quand jʼai engagé Félix, le catamaran
que jʼai en charge, dans lʼécluse aval de Gatun, la première du Canal de Panama dans
le sens Atlantique – Pacifique. Quand le cargo qui nous précédait a remis en marche son énorme hélice, nous avons été aspirés et nous nous sommes mis en travers, à 5 nœuds, droit vers les charnières de la porte aval droite qui attendaient nos poupes comme une mâchoire géante attendrait sa proie.
Dans ces moments-là, il est trop tard pour réfléchir. Seul le travail fait avant et lʼexpérience comptent. Ayant lʼhabitude des reflux entre autre du Canal du Nord, jʼai remis le « fauve » sur ses rails et nous avons éclusé normalement. On mʼavait dit que le Canal de Panama était difficile avec un bateau de plaisance. Une américaine lʼa même qualifié de « scarry » quelques minutes avant notre appareillage. Entre les remous dans les écluses, les courants qui vous emmènent à 5 nœuds dans lʼarrière du cargo qui vous précède ou le pilote qui se trompe et fait que le bulbe du cargo suivant sʼarrête à 1m50 de vos panneaux solaires, oui, le Canal de Panama a été à la hauteur de sa réputation.
Pourtant, Félix en est sorti sans une égratignure et le « chef » de nos « liners » qui font passer deux bateaux de plaisance par semaine, nous a félicité pour la douceur du passage nous apprenant que jamais ils nʼavaient eu aussi peu de travail sur les amarres qui maintienne le bateau au milieu de lʼécluse.
Si ce catamaran est un bon bateau que je commence à bien connaître, il est indéniable que mon expérience du fluvial a fait la différence. Merci à toutes ces fois où je me suis « raté » - mais avec un bateau en acier de 6mm, comme merci pour tous les conseils donnés gratuitement par des vieux mariniers dont tous ne savaient pas lire mais qui portent en eux une connaissance séculaire des choses de la Voie dʼEau. Tout cela nous a permis de faire que ce passage du Canal sera lʼune des plus riches expériences de ce début de voyage qui nous a déjà emmenés au travers de lʼAtlantique, sur les Antilles, les
Iles Vierges, les USA de New York à Key West, le Bélize ou la jungle du Guatemala …
Dorénavant, jʼutiliserai le terme « Marin dʼEau Douce » uniquement pour complimenter quelquʼun qui a su faire la quintessence dʼun ensemble hétérogène de savoirs liés au bateau.
Charles Château
A bord de Félix
samedi 13 février 2010
Le Rêve Fait l'Homme
Nous sommes dimanche 31 janvier 2010, il est 18h00 ici, au mouillage de la Marina de Punaauia à Papeete – Tahiti – Polynésie française.Il y a quatre semaines pile, j’appareillais de Rangiroa – Tuamotus – Polynésie Française pour la dernière partie d’une navigation qui m’a amené, au-delà des océans, au-delà du temps et au-delà de moi même dans ce que nombre de personnes considèrent comme le Paradis.
Je n’ai pas la prétention, alors que cela fait moins d’un mois que j’y suis, de porter un jugement « tranché » sur ces îles dont rien que le nom frôle déjà le mythique. Olivier de Kersauzon, qui connaît l’endroit depuis plus de 40 ans et qui y vit depuis quelques temps, ne s’y risque que sur la pointe des pieds dans son dernier livre Ocean Song. Ocean Song, chacun devrait le lire tant il pousse vers la modestie et donne envie de se bouger pour accomplir ses rêves.
J’ai raconté dans « Rendez Vous » mon journal de bord entre San Francisco et Hiva Oa aux Marquises. Ce récit est à la disposition de ceux qui le souhaitent sur simple demande par mail : contact@captain-charles.com
Pour résumer : en 1978, avec mon copain Philippe, nous avons écrit un poème :
Un beau jour toi et moi
Nous quitterons Paris
Et son éternel Brouhaha
Pour cette Ile qu'est Tahiti
Ces quatre lignes ont orienté ma vie. Parti le 23 septembre 2008 du Cap d’Agde, avec mon équipière qui m’a laissé seul face au Pacifique et à moi même fin novembre 2009, nous en avons vécu des choses, dont les récits seront probablement publiés prochainement. Là encore, la boite : contact@captain-charles.com permet de garder le contact.
Je reprends donc où j’en étais : jeudi 24 décembre en fin de journée, dans le mouillage d’Atunoa – île de Hiva Oa – Marquises – Polynésie Française.
Le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à mes premières minutes sur la Terre qui a envouté Gauguin, Brel et les autres est : « accueil ». A peine débarqué, je n’ai pas eu besoin de faire du stop pour aller au village. Une voiture s’est arrêtée et m’a déposé.
Mon premier « rêve » après 26 jours de mer était un vrai café sur une table qui ne bouge pas. Bien entendu, je n’avais sur moi que des US $ et des Euros. Pas de soucis « tu passeras payer quand tu auras changé tes sous » m’a dit le patron du bar et d’ajouter « la part de gâteau, c’est pour moi ». Un gâteau breton, par un aveyronnais je crois marié à une tahitienne offert aux Marquises … Quel beau cadeau de Noël …
Il est clair que le fait d’arriver dans ce petit village seul sur un cata de 42’ à cette époque m’a simplifié les choses. Je ne suis pas allé frapper à la porte du journal local, j’ai juste fait ma déclaration d’entrée à la gendarmerie. Mais à ma grande surprise, j’ai été pris à partie pour me dire « c’est vous qui … ». Pourtant mon arrivée n’était pas très glorieuse : j’ai pensé à tout sauf à baisser les dérives, ce qui rend Félix, au-dessous de 3 Kt, aussi manœuvrant qu’une savonnette sur une patinoire. Je m’en suis aperçut dans la passe où, après une figure digne d’un commentaire de Nelson Montfort, j’ai donc fait demi-tour avant de revenir « comme un chef », dérives baissées et bateau bien manœuvrant, mouiller au fond de la baie. Je vois que je n’ai pas été honnête dans le précédent récit car je n’ai pas mentionné cette péripétie …
Aux Marquises tout le monde se dit bonjour et tout le monde parle à tout le monde en toute simplicité. Jacques Bel a choisi l’île de Hiva Oa car il y était « Jacques » et pas « Brel ». Il n’y a pas non plus de volonté de profiter du touriste, pas de communication exploitant le fait que le chanteur et le peintre y soient les héros locaux. Leurs tombes sont entretenues, tout comme les musées qui leur sont dédiés. Mais quasiment pas de panneaux les indiquant, pas de publicité, ni d’affiche …
Le Père Noël ne m’a pas apporté de gadget inutile, de ces choses futiles que donne cette société qui fait de nous avant tout des cons – sommateurs.
J’ai passé le réveillon en bonne compagnie : Félix, un bon cassoulet, Amadeus sur le DVD et moi. Nous étions bien tous les 4, même si le cassoulet avait le mauvais côté des choses (à moins que ce ne soit le plus beau ?). La nuit était claire, je me suis fait une prolongation de la Flute enchantée dans le cockpit.
J’étais épuisé, mais je n’arrivais pas à dormir …
Le lendemain, j’ai réussi à me connecter sur le Web. Qu’il a été bon ce moment où l’icône « activité mail » du Macintosh s’est mise à bouger comme Travolta dans la Fièvre du Samedi Soir (tu te souviens Phil ?). Des messages par dizaines dont certains que je garderai très longtemps dans l’ordinateur et toute ma vie dans mon cœur.
Je suis resté le vendredi 25 à bord à dormir. J’ai eu quand même le droit à une petite manœuvre, mon ancre avait chassé et celle du voisin encore plus. Donc la distance de sécurité n’y était plus …
J’ai préservé Félix dans les tempêtes, ce n’est pas pour l’abimer maintenant.
C’est marrant d’ailleurs comme ma relation avec ce bateau a changé. Tout à l’heure, j’ai vu un homme prendre avec délicatesse un bébé dans ses bras. Il s’est comporté comme moi dorénavant avec le bateau : une tendresse virile. La force au service de la douceur …
Cela m’a amené à une question TRES intime que j’hésite à lever ici : je suis curieux de savoir quel amant le Pacifique a fait de moi …
Samedi 26, je suis parti de bonne heure. Je suis allé rendre visite à Jacques et à Paul. Ensuite gendarmerie pour les formalités, puis le musée Gauguin (il faut que j’y retourne y passer au moins une journée complète) et l’Espace Jacques Brel.
Ce lieux était fermé jusqu’au lundi, mais on m’a donné la clé de ce hangar où les complices des travaux masticatoires de l’homme du Plat Pays, avec la complicité de Dassault, ont restauré son avion et aménagé un espace qui ressemble plus à un bric à brac qu’à un musée.
Quelques images, l’avion, un vieux projecteur (Jacques Brel avait ouvert un cinéma gratuit pour les habitants de Hiva Oa), de la musique, … Le joyau de ce lieu, c’est ce qu’il se passe dans votre cœur quand vous lisez par exemple cette merveilleuse phrase : « … un homme c’est fait pour être mobile, un homme c’est fait pour bouger ». J’ai souffert parfois de mes traits assez fins et j’ai cherché à les compenser par une soi-disant « virilité » plus stupide qu’autre chose. Lire ces mots, ici, après ce voyage … Je ne me suis jamais autant senti homme. Il est aussi très émouvant d’entendre Brel chanter « avec le vent du Nord … écoutez le chanter, le Plat Pays qui est le mien » et de se dire qu’il repose à flan de montagne, sur une île sans plaine et que sa tombe est abritée par une haute montagne des vents … du Nord.
A midi, je suis allé boire un verre et payer ma dette du café du 24 décembre. Un sourire, quelques mots et c’est un repas de poisson partagé avec Catherine et Alain, un couple de néo retraités qui se sont offert la Polynésie comme un second voyage de noces. Les premières personnes avec qui je parlais vraiment depuis longtemps. Et en français. Et de sujets qui font battre mon cœur …
Leur gentillesse et le lien qui nous unit à jamais, a posé un joyau sur ma route que je voulais directe jusqu’à Tahiti : Rangiroa, où nous avons convenu de nous retrouver en début 2010.
Après un check de Félix et la préparation de la navigation du lendemain (un peu plus de 500 Nm tout de même à faire – Marseille / Tunis), j’ai retrouvé, à la nuit tombée, Catherine et Alain à un spectacle de danses folkloriques.
L’histoire racontée par le spectacle est très belle. Les jeunes hommes et les jeunes filles doivent se connaître via un oiseau qui a besoin d’espace pour voler et donc permettre à chacun de trouver sa chacune. Pour cela, les filles « agrandissent le Ciel » par des danses « aériennes » et les hommes font se réduire la terre en l’enfonçant de leurs coups de pieds …
Le spectacle va commencer. Au loin, on entend le bruit du groupe électrogène qui alimente l’ensemble de gros projecteurs qui éclairent la scène, une sorte de mini stade de foot entouré de murets – gradins.
Le spectacle est à peine commencé qu’une rumeur parcours l’assistance. Le temps que l’on nous explique que l’ordre des choses n’est pas celui des ancêtres qui vont se manifester d’une manière ou d’une autre et la lumière s’éteint.
Agitation, on court un peu dans tous les sens, des flambeaux sont allumés et le spectacle reprend, mais sans la lumière électrique.
Et puis le spectacle est interrompu par quelqu’un qui demande un silence complet afin d’apaiser les esprits.
Pendant 5 à 10 minutes, c’est le silence quasi absolu et, dans ce silence, par des regards, des sourires, des petits gestes, chacun partage avec l’autre ces instants de communion.
Lumière, musique, danses et re rumeurs ; le silence n’a pas été assez long, les anciens vont se fâcher définitivement nous assure-t on. Une fumée blanche. Non, ce n’est pas un nouveau Pape, mais le groupe qui rend l’âme … définitivement !!!
Avec Alain, nous ne trouvons pas les mots pour décrire ce que nous ressentons. Lors de ses derniers vœux en tant que Président de la République, François Mitterrand a déclaré : « je crois aux forces de l’Esprit ». Après une telle soirée, difficile de ne pas l’approuver …
Je rentre à l’annexe en « taxi clandestin » dans le coffre d’un 4x4. Une fois à bord, j’ai du mal à savoir si je dors ou si je pense. Dans mon esprit des images s’enchaînent. Je serai capable de décrire chaque détail de ce jour de 1978 où nous avons écrit avec Philippe le poème qui m’a amené ici, je me souviens de la couleur du pullover du prof, de Chantal qui était devant nous et de la jolie Sophie qui regardait Philippe comme moi un cata de 50’. Chacun son truc …
En quittant mes amis après le spectacle, j’ai dit que je comptais aller au Culte dimanche matin et partir dans la soirée, voire lundi.
Ma nuit et mes rêves sont remplis de filles toutes plus belles les unes que les autres et dansant le tamouré, d’hommes virils frappant le sol et me disant de venir danser avec eux car nous sommes faits non pas du même bois mais de la même eau. Je les entends avec leur accent lire NOTRE poème. Et ils disent qu’un beau jour Toi et Moi nous n’irons pas qu’à Hiva Oa mais à Tahiti …
Dimanche matin, la météo n’est pas bonne, il pleut, mais il y a derrière la digue l’horizon et le Sud qui m’attendent.
A 10h00 locale, sous des trombes d’eau, je pars. J’envoie la GV comme ne l’ai jamais envoyée, d’une volée. Il y a 20 Kt de vent un peu de Houle du Nord qui grossie au fur et à mesure que l’on s’éloigne. Une heure plus tard, « tout dessus », je fonce à 10 Kt et plus sous un soleil radieux au milieu des rochers du Sud de l’île. Il n’y a pas que le soleil qui est radieux. Moi aussi et Félix avec moi.
Le soleil se couche alors que les Marquises se sont estompées. Je suis de nouveau « chez moi », en pleine mer. Et je suis bien…
Après un lundi sans trop de vent et donc beaucoup de barre et de manœuvres, j’aperçoit au petit matin un voilier dans mon Nord avec qui j’arrive à établir un contact VHF en français. Cela fait plus de 10 jours qu’il est parti de là où je vais : Rangiroa. J’apprendrai, une fois arrivé à Tahiti, qu’il aura mis près de 20 jours pour faire ce que j’aurais fait en moins de 5. Félix est un bon bateau.
Il paraît qu’il faut prendre des résolutions quand la nouvelle année arrive. Donc, nous avons tenu une réunion avec Félix. Je parle bien du bateau, je le confirme …
Au lever du soleil, ce mercredi 30 décembre, nous avons décidé de finir l’année, avec la complicité du vent qui passe NNE pour 15 à 20 Kt, 40 dans les rafales, en beauté. En force mais avec néanmoins beaucoup de sagesse, nous fonçons vers Apataki. Grains ? Nous réduisons. Ca se calme ? Nous renvoyons la toile. Jamais le bateau ne ralenti sur cette houle qui semble être faite pour lui. C’est une longue glissade sans fin, un peu comme un coït empli de tendresse. Nous sommes trois à avoir envie de se faire du bien : le bateau, la mer et moi. Je ne laisse au pilote automatique le soin de barrer que pour manger ou dormir un peu, tant est grand mon Bonheur.
Les plus belles choses sont celles que l’on partage mais j’avoue que rares sont ceux avec qui j’aimerais partager ce moment précis. J’en vois peu à cet instant. Bien sur, avant tout toi, sans qui ce voyage n’aurait pas eu lieu. Mais aussi mon complice (entre autre) des retours en deux roues des concerts de Starshooter et celle qui ne s’est pas contenté de me donner une fille. Elle a été la première (la seule ?) à me faire assez confiance pour venir m’aider, au mois de novembre, entre Jersey et Guernesey, à affaler le Foc, par 45 Kt de vent et des creux de plus de 4m, sur la plage avant agitée et glissante de Pen Duick III. Marie Laure est (ou était ?) quand même une sacré nana : gagner une régate de Hobbie Cat 16 le 1er mai et accoucher le 7 juillet … Ca mérite le Guiness des records.
Quand la nouvelle année arrive sur Greenwich, il est encore 14h00 ici. Nous passons entre les îles du Roi George que nous ne voyons pas.
10 heures plus tard, Félix bondit dans 2010 à 12 - 15 Kt sur un toboggan de vagues éclairées par la Pleine Lune. Cela commence bien et ce sera comme cela toute l’année, et plus car affinité.
Bien entendu, on ne peut pas aller vite et ne pas arriver trop tôt … Il est environ 4h00 quand nous nous trouvons devant la passe Nord de Apataki. Cela va être ma première rentrée dans un Lagon Polynésien. Les années précédentes m’ont prouvées que je sais faire du bateau. Donc j’affale tranquillement, range, me fait un méga petit déjeuner en attendant que le soleil se lève. Je prends aussi le temps de relire les conseils de Kersauzon. Penser qu’ils ont fait des trucs pareils, lui, Tabarly et Colas, en 1968 – 69, sur Pen Duick IV, avec le matériel qu’ils avaient, me remet à ma place, juste ma place.
A 5h00, après un gros grain à 40 Kt juste dans la passe, je suis dans la Lagon d’Apataki. Pas évidente la rentrée. Des dauphins m’ont montré le centre de la passe et sont partis quand j’ai traversé un champ de patates, sortes de concrétions de corail qui affleurent à la surface de l’eau et que l’on ne voit pas forcément …
Je cherche un mouillage au Nord. Rien. Je pars au Sud, à la voile où je cherche, sans succès, un mouillage fiable et une trace de vie. Quand quelqu’un me répond sur la VHF, c’est pour me dire que tout est « mort » ici jusqu’à mercredi (nous sommes vendredi 1er janvier 2010) et qu’il vaut mieux aller sur Rangiroa, ce que je comptais faire le lendemain.
Quand je me présente devant la passe, c’est le flux, la marée qui descend. Une fois de plus mon expérience fluviale m’est utile. Je ne me sers des moteurs que pour guider Félix au milieu des coraux et autres obstacles. Le courant est si fort qu’il m’éjecte à plus de 7 Kt vers le large.
Le 1er janvier, c’est férié. On se détend et on fait ce que l’on préfère avec ceux que l’on aime. Je ne contrarie pas les traditions. Je passe donc ma première journée de 2010 avec mon copain Félix à naviguer sous un beau soleil, sur une belle mer, dans du vent du Nord au près bon plein. Respect des traditions toujours, je me présente de nuit devant la passe Nord Est de Rangiroa, la passe Tiputa. L’entrée n’est pas simple en raison du courant, mais elle est très bien balisée avec des bouées, des cardinales et des amers d’alignement. Un vrai cas d’école de navigation comme on en trouve habituellement en Bretagne. Comme dirait ET : « Maison… ».
Je mouille vers 1h00 du matin et vais m’effondrer dans ma cabine.
Au lever du soleil et du capitaine, je vois que j’ai posé Félix devant un hôtel et une plage digne d’un catalogue touristique.
Je mets le Dinghy à l’eau dont le moteur neuf refuse de démarrer et pagaye donc jusqu’à la plage où j’apprends que je suis à 5 Km du village. Pas la peine de faire du Stop, la première voiture qui passe me récupère.
Rangiroa, c’est l’atoll dans toute sa splendeur. Un cercle de corail ouvert par des passes avec un espace de rêve au milieu.
Je vais y rester deux jours, mangeant avec Catherine et Alain que je retrouve avec joie, rencontrant les gendarmes qui vont me parler de la situation sociale sur place, échangeant avec un responsable de l’aviation civile, me faisant inviter dans une famille à manger le porc polynésien …
Mais dans toute relation amoureuse, il y a un moment où il faut passer aux actes. Et moi, je courtise depuis de longues années une Dame dont le nom est un appel au délice : Tahiti.
Dimanche soir donc, vers 18h00, les moteurs de Félix tournent comme des horloges et me sortent du Lagon de Rangiroa environ une heure plus tard. Nous entamons la dernière étape d’un long voyage vers le but d’une Vie.
Vers 1 heure du matin, nous avons fini de contourner l’île. Je mets le Cap directement sur Tahiti et lâche les chevaux … Toute la nuit nous marchons très bien, gérant les grains en faisant un peu plus d’Est que nous regagnons quand le vent repasse sous les 20 Kt en mettant 20º de plus à l’Ouest. Les manœuvres s’enchainent comme dans un ballet, tout est à sa place, surtout moi.
Une bulle anticyclonique « cas d’école » nous arrête pendant une petite heure au lever du soleil. J’en profite pour aller dormir. J’ai roulé le génois et juste embrayé un moteur. Nous avançons à 1Kt. Il n’y a pas de logo Air France (ni Air Tahiti Nui, pardon les amis / amies) sur Félix …
Lundi 4 janvier 10h00, la « famille » est là. Le Guardian de l’Aéronavale me survole. Vu que je les contacte par VHF, ils reviennent me faire un passage comme dans les films et m’apportent une bonne nouvelle : tant que je ne serai pas en vue de Tahiti, j’aurai de belle conditions de vent, avec juste quelques grains. Vive la Marine …
En fin de journée de ce lundi, en effet, un grain comme j’en ai rarement vu me cueille. Il y a tant d’eau qui tombe que je ne vois plus à 100m et qu’un saut, mis sous la bôme, se rempli en quelques secondes. Mais le reste du temps, c’est vraiment une navigation agréable.
Vers 22h00, alors que je grignote un morceau, à tout hasard, je branche le poste FM. Je scanne les fréquences et nous basculons dans un autre monde : la musique polynésienne envahie Félix. Dès lors mon cœur bat la chamade. Dormir m’est impossible. Je passe de la radio aux étraves, des étraves au Radar, j’essaye de grimper dans le mat pour voir …
Et puis, alors que le vent nous a joué quelques misères en passant Sud Ouest, à 4h00 du matin, Tahiti est là !!! Droit devant. Je crie tant ma joie que l’on a dut l’entendre à Sion, Loudéac, Fort de France, Pomerols ou sur les pentes enneigées des Carroz.
Le vent tombe, nous avançons à 2Kt … Je m’en fous. Je ne suis plus dans le temps, je suis dans l’Espace. Accroché à un bout, je me glisse dans l’eau et me fait tirer par Félix. Je me douche, me fait beau (tout au moins propre), je range le bateau, nettoie ce qui est déjà nickel …
Au lever du soleil, je suis à moins de 5 Nm de la côte, 20 de l’entrée du port. Requins mis à part, je pourrais y aller à la nage.
Les Radios FM emplissent le bateau d’airs nouveaux et d’accents qui coulent comme le miel. L’horoscope mérite le Grand Prix radiophonique: "poissons, certains d'entre vous en allant à la pêche attraperons de beaux poissons", "vierges, quand le soleil reviendra, faites attention à ne pas oublier votre chapeau", "Taureau, pour certains, pas de soucis d'argent, mais pour les autres, faites attention à ce que vous dépensez", "Capricorne, parlez clairement"... J'adore.
Comme annoncé (l’aéronavale c’est le Top), Tahiti et sa haute montagne me protègent du vent. Ce n’est donc qu’à 15h30, contact établi avec la Tour de Contrôle du Port de Papeete que j’affale les voiles. A 16h00 précises, nous franchissons les passes. Je suis seul à rentrer, je prends donc tout « le lit », passant entre les bouées au ralenti.
Tout au long de ma vie, j’ai fait de belles choses. Les difficultés, les coups tordus, les balles même, ne m’ont jamais empêché de faire ce que je pensais être le bien. Pourtant, c’est la première fois que je suis vraiment fier de moi.
J’aurais mis trente ans pour réaliser ce rêve. Dans les passes je chante Piaf :
Non, rien de rien de rien,
Non, je ne regrette rien
Ni le bien qu’on m’a fait
Ni le mal
Tout ça m’est bien égal …
Mon regard se tourne vers le Nord Est. Pendant une fraction de seconde, je vois une montagne pleine de neige. Un homme sort sur le balcon de son chalet et me regarde. Certain qu’il m’entend, je lui crie « Philippe, NOUS l’avons fait ».
Je chante aussi une version toute personnelle de la Marseillaise écrite la nuit précédente :
Allons disciple de Tabarly
Le Jour de Joie est arrivé
Les voici enfin franchies
Les passes de Papeete
Entends tu depuis la plage
Le son des Ukulélés ?
Ils te disent qu'après ce long voyage
La Vie ne fait que commencer
Je me suis amusé à écrire deux versions pour le dernier couplet. Une que je pourrais copier ici mais que je trouve fade et une autre … disons plus empreinte de « philosophie » et du mythe du navigateur solitaire succombant au charme des vahinés …
Dérives baissées (je fais rarement deux fois la même gaffe), je contourne le récif de corail. Pour aller au mouillage, je dois couper les axes de la piste de l’aéroport de Tahiti Faa, ce que m’autorise à faire la Tour. Je navigue tranquillement contemplant le manège des avions, saluant les gendarmes, les pêcheurs, les pagayeurs, …
Le sourire semble être monté en série sur les gens d’ici.
A 17h30, après un contact d’une des dérives avec une patate de corail suite à l’arrêt du moteur bâbord (sympa Volvo) je suis au mouillage à Punaauia. Devant moi : Moorea.
J’aurais mis un mois avant de finir ce récit. Volontairement, j’ai voulu digérer tout cela, m’en conserver la primeur.
En écrivant le début de ces quelques pages, je comptais parler de mes premières impressions, de mon « débarquement », des premières rencontres …
Ceci fera l’objet du troisième volet de mes aventures : « Ia Orana Charles ».
Nana (« à bientôt » en polynésien).


