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mardi 2 mars 2010

Coast Guards



C’est l’histoire d’une déception. Les fameux Coast Guards se sont révélés vivre sur leur réputation.


Quand je suis arrivé à la Base Aéronavale de St Mandrier, début aout 1980 (j’avais 18 ans), le Pacha m’a dit « ici, on fait aussi du sauvetage, cela devrait vous plaire… ».

J’aime tant la mer que je trouve qu’il est peu de chose plus noble que celle de donner du temps, voire de risquer sa vie, pour aller aider des marins.

J’ai, depuis toujours, étudié tout ce qui pouvait l’être sur les accidents, avaries et autres fortunes de mer et suivi les politiques de secours maritime menées par les grandes nations. Au vu de leur équipement, j’ai toujours considéré les United States Coast Guards comme étant l’Elite de l’Elite.

Quand j’étais de quart à la Tour ou au PC Opérations de la BAN, il nous est souvent arrivé de se sentir un peu coupables. Malgré tous nos efforts, nous ne pouvions pas mettre en œuvre autant de moyens que nous aurions aimé le faire. Recevant nombre de revues et notes relatives à la Marine Américaine, nous étions régulièrement envieux de nos « confrères ». A titre indicatif, les premiers sauvetages en mer, faits par des hélicoptères Dauphins (construits à côté de Marseille), l’ont été  par les Coast Guards AVANT la livraison des premiers exemplaires à la Marine Nationale.

Je suis bien entendu membre de la Société Nationale de Sauvetage en Mer et j’apprécie tout particulièrement le contact avec ces hommes qui sont généralement des marins d’exception.

Suite à une avarie de moteurs à bord de Félix le 20 avril 2008, j’ai eu l’occasion de vivre un sauvetage, mais du « mauvais côté », celui qui consiste à barrer un catamaran derrière une vedette SNSM en espérant que le patron connaît bien les passes du Grau d’Agde. Je pense donc savoir de quoi je parle.

Remontant l’Arc Antillais, de la Grenade à St Martin, nous avons été « chaperonnés » par le Centre Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Antilles Guyanes et avons eu tout le loisir de vivre leur professionnalisme.
A partir des British Virgin Islands, nous sommes entrés dans la Zone de Couvertures des US Coast Guards. Et là … Mieux vaut avoir un bon bateau et savoir s’en servir.

Cela commence par la radio. Partout où je suis passé dans le monde, j’ai toujours trouvé, « au bout de la VHF », un interlocuteur qui parlait une autre langue que sa langue maternel. Pas aux USA où, non seulement on ne parle qu’anglais, mais en plus sans se donner la peine d’adapter son vocabulaire ou sa prononciation aux capacités linguistiques de celui qui appelle.
Le principe de Sauvegarde de la Vie Humaine est sacré en mer. Il passe avant toute autre considération. Par exemple, la gendarmerie maritime ou nautique va commencer par vous sauver la vie avant de vous verbaliser. Pas aux Etats Unis. Voici des exemples.
Le 7 mars 2009, vers midi, nous sortons d’Ocean City aux USA dans un brouillard très dense. La visibilité est inférieure à un Nautique. Vu que nous sommes sur l’axe de navigation commerciale qui relie Panama à New York, nous sommes TRES attentifs. Toute l’électronique est allumée, nous scrutons Radar, GPS, AIS, écoutons la Radio, ... Je contacte sur le 16 les Coast Guards et leur demande un canal de dégagement pour avoir diverses informations telles que la météo. Ils me disent, dans un anglais à la « John Wayne quand il est enrhumé » de dégager un le canal 22B. Je leur explique que mon bateau, européen, a une VHF dépourvue de ce canal et leur en propose un autre. Malgré mes diverses tentatives, ils ne font que me renvoyer sur le 22B. Mon équipière, ayant été élevée dans un pays anglophone, maîtrise mieux que moi la langue des Beatles. Elle prend donc le micro, mais au bout de 20 minutes, nous renonçons. Par manque d’ouverture d’esprit, les Coast Guards venaient de participer à notre mise en danger. Ce ne sera pas la dernière fois.
Quelques jours plus tard, encore dans le brouillard, nous entrons dans Atlantic City. Tout se passe bien, nous suivons la passe au GPS, au Radar et au Compas. Une vedette USCG nous rattrape et nous ordonne de les suivre, ne comprenant pas comment nous pouvons rentrer « safety » sans leur aide. « Règle un du psychiatre : ne jamais contrarier le malade ». Donc nous les suivons. Mon instinct me dit de me méfier. Je garde donc mes distances. Je fais bien. Au bout de dix minutes, je vois, sur le Radar, la vedette censée nous guider corriger de manière significative son cap qui la menait sur des rochers.
Le 20 juin 2009, en fin de matinée, nous sortons du Canal de Cap May pour remonter la Baie du Delaware. Il y a des travaux de dragage et tout le monde fait attention : Car-Ferries, Tug Boats, plaisanciers, … Un seul bateau nous frôle à grande vitesse nous obligeant à nous approcher très près d’un banc de sable avant de réussir, par miracle, à ne pas monter sur la barge porteuse de la grue. Qui c’est ? … Les Cosat Guards, of course …
A Chincoteague, il y a un lac qui donne directement sur Ocean City et nous décidons de le prendre. Au bout de 10 heures de navigation pas évidente il y a un pont qui fait, confirmé trois fois par les Coast Guards, au moins 30 mètres (17 nous suffisent pour passer en toute sécurité).
Vers minuit, je m’approche doucement : il manque 4 mètres. Demi tour et route inverse.

Autrefois, les Coast Guards, c’était le Top of the Top. Mais depuis Clinton, l’administration américaine a décidé de faire une expérience ; on transforme des jeunes en situation difficile en « bons américains » en les faisant passer par la case Coast Guards. Uniforme, salaire, hymne américain, I Phone, prix spéciaux sur le Big Mac et respect dans le métro … La panoplie est complète. Bien entendu, une part de ces jeunes, venant de l’Amérique profonde, ignorait avant son arrivée que l’eau de mer était salée …
Grosso modo, de Miami à New York, il y a un réseau de canaux appelé l’Intra Coastal Waterway. La navigation y est aussi tranquille que sur le Canal St Martin à Paris. Pourtant, avec la complicité des US Coast Guards, 700 personnes y meurent chaque année. Deux par jours, même les jours fériés (surtout les jours fériés !). Ben Laden doit se marrer …

L’Amérique est un Grand Pays. Les Coast Guards bénéficient de « tout ce qu’il faut et même plus », que ce soit en moyens humains, logistiques, maritimes ou aérien. Il leur faut juste de retrouver le sens marin.
Pourquoi ne viendraient il pas le chercher chez nous à la SNSM ou dans nos CROSS ? Souhaitons le, la vie en mer est trop belle pour l’écourter.

mercredi 24 février 2010

Putxxx d'Horizon


Bonjour, my name is « le Cat – Félix Le cat ».
Je suis un Cat – Catamaran ou Cat - Marrant ou encore Cat – à – marrants, car on ne s’ennuie pas à mon bord … Même quand Charles est seul.
Je suis né du crayon de Christophe Barreau (à canoniser) et, selon mon skipper, contrairement à la plupart des catamarans de grande série, je suis un vrai bateau.
J’ai eu pas mal de frères construits par Catana et quelques uns par Phisa sous le nom de Phisa 42.
J’ai été confié par mon propriétaire à une artiste Suisse allemande qui a vécu plus de 15 ans dans les montagnes du Canton du Valais et qui porte le nom de … Heidi (cela ne s'invente pas).
Une fois mis à l’eau et ayant servi au constructeur à vendre d’autres « frérots », il me fallait un Captain. Heidi est allé m’en chercher un dans ce pays où la terre se finit tant qu’elle prend le nom de « pays de la mer » (Ar Mor en breton), le Finistère.
Charles fait partie de cette race pas toujours compréhensible de gens qui ont plus de facilité à faire un nœud de chaise qu’à montrer comment le faire ou qui peuvent encore s’émerveiller devant la photo du bateau de Tabarly qui décorait leur chambre d’adolescent.
Avant d’accepter de me mener, Charles m’a fait passer un examen. C’était la tempête ce 22 février 2008 sur le Canet en Roussillon et la dame de la Capitainerie s’est étonnée de voir un bateau neuf sortir. « Promettez moi du beau temps jusqu’à Tahiti et je reste au quai pour vous inviter au restaurant, sinon … » a dit mon skipper. Examen réussi. Au cours des premières sorties, je trouvais Charles brusque et lui me trouvait « muet ». Il faut dire que son expérience du multicoque se limitait à des bateaux de course et à des catas de croisière moins excitants à barrer qu’une péniche …
Le 1er avril 2008 (je vous jure que c’est vrai), nous sommes partis tous les trois pour 2000 milles entre la France, la Tunisie, Malte et la Sicile. Dès la première nuit nous nous sommes fait cueillir par 40 Kt (72 Km/h) de mistral qui ont déclenché le déclic entre nous. Je me suis mis à bondir à près de 20 Kt (parfois même plus), je réagissais à chaque réglage. Charles m'a compris comme difficile mais sain. Depuis ce jour, (et les milles parcourus depuis ont renforcé cela), nous sommes devenus le prolongement l'un de l'autre ...
Au retour, j’ai donc été jugé « bon pour le grand voyage moyennant travaux ».
4 mois au sec au Cap d’Agde pour corriger les erreurs du constructeur, me rendre conforme au Bon De et me personnaliser.
Il a fallu refaire touts les connections électriques et électroniques, purger tous les circuits de carburant, refaire du Gel Coat qui cloquait,... J’ai reçu des panneaux solaires, un AIS (cela devrait être remboursé par la sécurité sociale tant c’est un gage de sécurité), des emménagements supplémentaires,...
La sécurité a particulièrement été soignée : ils sont deux à bord, mais j’ai 8 gilets de sauvetage, 2 VHF, 3 GPS, des lignes de vies de partout, y compris à l’intérieur des coques, 1cm au-dessus de la ligne de flottaison. Car le pire a été envisagé : outre un radeau « off Shore », les équipements de survie sont dédoublés, il y a des sacs étanches contenant des vivres, de l’eau, des vêtements, des moyens de navigation et de communication … Et pour finir, mon nom et mon Nº MMSI sont écris sous ma nacelle en rouge fluo.
Le 23 septembre 2008, au petit matin, je vole au bout d’une grue qui me rend à la mer. Je suis prêt. Alors, vers 17h00, on sort pour une petite heure de navigation, pour voir. La nuit est belle, douce, la lune nous fait un clin d’œil. Pourquoi ne pas rester encore un peu en mer ?... Je ne suis plus revenu en France métropolitaine depuis.
Là, je suis au mouillage à Punaauia, au Sud de Tahiti – Polynésie Française.
Charles qui se dit être un bon marin s’est perdu en venant … Et Denise devait certainement encore dormir car elle n’a rien vu ...
Les yeux de Denise quand elle se réveille et voit que nous sommes dans la tempête sont notre grand Bonheur à Charles et à moi et certainement la preuve que Dieu peut être bon ...
J’ai maintenant 24 323 Nm au compteur, soit 45 046 Km. Pour ceux qui ont besoin de comparaison, c’est 300 aller – retour Seynod - les Carroz, 150 aller – retour Bern – Sion ou encore 60 Paris – Marseille …
Nous sommes passés par Madère, toutes les Antilles, les BVI, les USVI, les Bahamas. Arrivés à Miami, un coup par l’Intra Coastal WaterWay – un coup par la mer, je suis allé dormir au pied de Miss Liberty à New York. Nous sommes ensuite redescendus jusqu’à Key West via (entre autre) Washington et Cap Carnaveral, avons visité l’Amérique Centrale remontant même le Rio Dulcé au Guatemala.
Panama ? Une péripétie … Pas simple, mais une péripétie. Et alors que « tout le monde » plonge vers les Galápagos à la belle saison, au travers des calmes et de deux grosses dépressions, nous, nous sommes montés jusqu’à San Francisco … Hisse et Ho, … Santiano (merci Hugues Aufray).
Nous sommes maintenant au Paradis sur terre : Tahiti. Je sais que Charles aimerait se poser un peu pour créer le PolyCat, un condensé de tout ce qu’il sait sur les bateaux, un Cat capable d’aller au Cap Horn et de bronzer au Tuamotus …
Oui, mais depuis quelque jours, il y a un peu de désordre à bord : guides nautiques, cartes marines, calculs de météo …
Hummm, ça sent les longues chevauchées sur la houle du Pacifique ça, parole de Complice. Il paraît que Vesoul et Maubeuge, c’est très beau, Il paraît aussi que les Tongas, la Nouvelle Calédonie, la Grande Barrière de Corail, la Thaïlande, ... ce n’est pas mal non plus. Et puis, Tahiti – Nouméa – Sydney, c’est naviguer dans le sillage de Tabarly, Colas et Kersauzon …
Alors, si Tabarly …
Règle première du bon bateau : on ne contrarie pas son skipper passionné …
Kénavo
Félix Le Cat

vendredi 19 février 2010

Take Care Nation.

Les gens « normaux », quand ils se quittent, se disent « Kénavo ». Les autres font ce qu’ils peuvent.

Sur le reste de la Planète Bleue qui n’a pas la chance d’être comprise entre Vilaine et Loire (prochainement sur ce Blog : comment se faire plein de copains avec UN article !!!), cela va du « auf Wiedersehen » au « Goodbye », en passant par « Ciao », « au revoir » ou encore « Hasta Luego ». Aux Etats Unis, de New York à Key West et de San Diego à San Francisco, on dit généralement « Take Care ».

Quand je faisais de la Radio Locale / Pirate, je cherchais mes mots au travers de « euhhh » ou « donc …» tous plus poétiques les uns que les autres. Récemment, je suis allé écouter un prêcheur qui faisait de même avec « alléluia » par ci, « alléluia » par là. Les américains utilisent le « Take Care » de la même façon et malheureusement cela me semble plus grave qu’anecdotique.

Je suis de la génération dont les parents ont connu la seconde guerre mondiale et le débarquement des GI venant nous sortir du cauchemar Nazi. Avant mon arrivée à Miami, je voyais les compatriotes des Frères Wright et de Henri Ford comme un peuple courageux et entreprenant.

J’ai débarqué aux USA en sachant que le pays connaissait des quartiers où la délinquance est à l’échelle continentale, mais où la Police l’est également.

Chez les inventeurs du Mac et d’Internet, je pensais trouver un peuple de communicants ayant tous l’esprit plus vif les uns que les autres …

Et pourtant, il n’en est rien de tout cela.

L’Américain a peur, et peur de tout. J’ai réussi à effrayer un policier de l’aéroport de San Francisco avec … un verre d’eau. OUI !!! UN VERRE (en plastique transparent) avec de l’eau plate à l’intérieur. Je ne sais ce qu’il a imaginé …

La peur est omniprésente aux USA. Elle est aussi une belle aubaine pour certains business et pour justifier de trop mauvaises habitudes frôlant l’addiction. Par exemple, les armureries, où il est simple comme bonjour d’acquérir des armes de guerre, foisonnent. Et pas que dans les grandes villes ou dans les villes à fort taux de délinquance. Donc tout le monde est armé. Pourquoi ? Logique : parce que tout le monde est armé …

Les retraités, eux, ne se réunissent pas pour boire des bières parce qu’ils n’ont pas l’imagination d’utiliser mieux les dollars de leur retraite si chèrement gagnés pendant une vie de dur labeur. Non, ils se réunissent et se saoulent pour ne pas être seuls de peur d’être isolés et donc en insécurité.

A cause de ce climat d’insécurité que je soupçonne d’être entretenu par certains, l’américain communique … grâce à son I Phone. Quand je suis revenu de l’aéroport de San Francisco le 25 novembre dernier, dans le BART (sorte de RER), je me suis assis à côté d’un jeune homme obnubilé par son téléphone portable. J’ai essayé en vain d’engager la conversation, alors, j’ai fait l’indiscret et ai constaté qu’il était sur un site de rencontres. Pendant la majeure partie de l’heure que nous avons passé ensemble, il y avait, juste devant nous, une plus que charmante demoiselle de son âge …

Le plus significatif de l’expression de cette peur, c’est par rapport aux phénomènes naturels. Si l’orage tonne, les supermarchés résonnent de « oh my God » ou « Jesus », …

J’ai eu l’occasion de vivre un « hurricane » à Cabo au Mexique (mais avec principalement des américains) et un cyclone à Papeete.

Dans le premier cas, c’est la fin du monde, ou presque. Tout le monde a peur, se protège et parle pendant des mois jusqu’à San Francisco (à 1000 milles de là) des 30 Kt de vent rencontrés. De l’autre, chacun s’organise tant pour soi que pour venir en aide à autrui et si Olie alimente les conversations pendant une semaine, c’est juste pour se réjouir de ne pas avoir eu plus de 65 Kt de vent …

Alors je m’interroge : l’Amérique d’aujourd’hui pourrait elle générer encore des Charles Lindbergh, Neil Armstrong ou Steve Jobs ? Rien n’est moins sur.

Et pourtant, il y a tant à faire dans ce monde qu’il faut bien que des hommes et des femmes dignes de ce nom, comme on dit le long de la Penfeld, aillent au maille.

« Allons enfants de la Patri i e,

Le jour du Courage est arrivé … »