C’est l’histoire d’une déception. Les fameux Coast Guards se sont révélés vivre sur leur réputation.
Quand je suis arrivé à la Base Aéronavale de St Mandrier, début aout 1980 (j’avais 18 ans), le Pacha m’a dit « ici, on fait aussi du sauvetage, cela devrait vous plaire… ».
J’aime tant la mer que je trouve qu’il est peu de chose plus noble que celle de donner du temps, voire de risquer sa vie, pour aller aider des marins.
J’ai, depuis toujours, étudié tout ce qui pouvait l’être sur les accidents, avaries et autres fortunes de mer et suivi les politiques de secours maritime menées par les grandes nations. Au vu de leur équipement, j’ai toujours considéré les United States Coast Guards comme étant l’Elite de l’Elite.
Quand j’étais de quart à la Tour ou au PC Opérations de la BAN, il nous est souvent arrivé de se sentir un peu coupables. Malgré tous nos efforts, nous ne pouvions pas mettre en œuvre autant de moyens que nous aurions aimé le faire. Recevant nombre de revues et notes relatives à la Marine Américaine, nous étions régulièrement envieux de nos « confrères ». A titre indicatif, les premiers sauvetages en mer, faits par des hélicoptères Dauphins (construits à côté de Marseille), l’ont été par les Coast Guards AVANT la livraison des premiers exemplaires à la Marine Nationale.
Je suis bien entendu membre de la Société Nationale de Sauvetage en Mer et j’apprécie tout particulièrement le contact avec ces hommes qui sont généralement des marins d’exception.
Suite à une avarie de moteurs à bord de Félix le 20 avril 2008, j’ai eu l’occasion de vivre un sauvetage, mais du « mauvais côté », celui qui consiste à barrer un catamaran derrière une vedette SNSM en espérant que le patron connaît bien les passes du Grau d’Agde. Je pense donc savoir de quoi je parle.
Remontant l’Arc Antillais, de la Grenade à St Martin, nous avons été « chaperonnés » par le Centre Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Antilles Guyanes et avons eu tout le loisir de vivre leur professionnalisme.
A partir des British Virgin Islands, nous sommes entrés dans la Zone de Couvertures des US Coast Guards. Et là … Mieux vaut avoir un bon bateau et savoir s’en servir.
Cela commence par la radio. Partout où je suis passé dans le monde, j’ai toujours trouvé, « au bout de la VHF », un interlocuteur qui parlait une autre langue que sa langue maternel. Pas aux USA où, non seulement on ne parle qu’anglais, mais en plus sans se donner la peine d’adapter son vocabulaire ou sa prononciation aux capacités linguistiques de celui qui appelle.
Le principe de Sauvegarde de la Vie Humaine est sacré en mer. Il passe avant toute autre considération. Par exemple, la gendarmerie maritime ou nautique va commencer par vous sauver la vie avant de vous verbaliser. Pas aux Etats Unis. Voici des exemples.
Le 7 mars 2009, vers midi, nous sortons d’Ocean City aux USA dans un brouillard très dense. La visibilité est inférieure à un Nautique. Vu que nous sommes sur l’axe de navigation commerciale qui relie Panama à New York, nous sommes TRES attentifs. Toute l’électronique est allumée, nous scrutons Radar, GPS, AIS, écoutons la Radio, ... Je contacte sur le 16 les Coast Guards et leur demande un canal de dégagement pour avoir diverses informations telles que la météo. Ils me disent, dans un anglais à la « John Wayne quand il est enrhumé » de dégager un le canal 22B. Je leur explique que mon bateau, européen, a une VHF dépourvue de ce canal et leur en propose un autre. Malgré mes diverses tentatives, ils ne font que me renvoyer sur le 22B. Mon équipière, ayant été élevée dans un pays anglophone, maîtrise mieux que moi la langue des Beatles. Elle prend donc le micro, mais au bout de 20 minutes, nous renonçons. Par manque d’ouverture d’esprit, les Coast Guards venaient de participer à notre mise en danger. Ce ne sera pas la dernière fois.
Quelques jours plus tard, encore dans le brouillard, nous entrons dans Atlantic City. Tout se passe bien, nous suivons la passe au GPS, au Radar et au Compas. Une vedette USCG nous rattrape et nous ordonne de les suivre, ne comprenant pas comment nous pouvons rentrer « safety » sans leur aide. « Règle un du psychiatre : ne jamais contrarier le malade ». Donc nous les suivons. Mon instinct me dit de me méfier. Je garde donc mes distances. Je fais bien. Au bout de dix minutes, je vois, sur le Radar, la vedette censée nous guider corriger de manière significative son cap qui la menait sur des rochers.
Le 20 juin 2009, en fin de matinée, nous sortons du Canal de Cap May pour remonter la Baie du Delaware. Il y a des travaux de dragage et tout le monde fait attention : Car-Ferries, Tug Boats, plaisanciers, … Un seul bateau nous frôle à grande vitesse nous obligeant à nous approcher très près d’un banc de sable avant de réussir, par miracle, à ne pas monter sur la barge porteuse de la grue. Qui c’est ? … Les Cosat Guards, of course …
A Chincoteague, il y a un lac qui donne directement sur Ocean City et nous décidons de le prendre. Au bout de 10 heures de navigation pas évidente il y a un pont qui fait, confirmé trois fois par les Coast Guards, au moins 30 mètres (17 nous suffisent pour passer en toute sécurité).
Vers minuit, je m’approche doucement : il manque 4 mètres. Demi tour et route inverse.
Autrefois, les Coast Guards, c’était le Top of the Top. Mais depuis Clinton, l’administration américaine a décidé de faire une expérience ; on transforme des jeunes en situation difficile en « bons américains » en les faisant passer par la case Coast Guards. Uniforme, salaire, hymne américain, I Phone, prix spéciaux sur le Big Mac et respect dans le métro … La panoplie est complète. Bien entendu, une part de ces jeunes, venant de l’Amérique profonde, ignorait avant son arrivée que l’eau de mer était salée …
Grosso modo, de Miami à New York, il y a un réseau de canaux appelé l’Intra Coastal Waterway. La navigation y est aussi tranquille que sur le Canal St Martin à Paris. Pourtant, avec la complicité des US Coast Guards, 700 personnes y meurent chaque année. Deux par jours, même les jours fériés (surtout les jours fériés !). Ben Laden doit se marrer …
L’Amérique est un Grand Pays. Les Coast Guards bénéficient de « tout ce qu’il faut et même plus », que ce soit en moyens humains, logistiques, maritimes ou aérien. Il leur faut juste de retrouver le sens marin.
Pourquoi ne viendraient il pas le chercher chez nous à la SNSM ou dans nos CROSS ? Souhaitons le, la vie en mer est trop belle pour l’écourter.


J'aime lire tes écrits qui finissent toujours par me donner envie de partir.
RépondreSupprimerJe suis interpellée par cette lecture et j'en déduis "quand ce n'est pas le moment c'est que nous avons encore à faire ou à réaliser quelque chose sur cette terre. Terre chérie toi qui me nourrit...Bises MTC Charles MGB