samedi 27 février 2010

Tsunami

3h45, ce samedi 27 février. Je dors comme un bébé dans la cabine de Félix tranquillement au mouillage à Punaauia, au sud est de Papeete – Tahiti – Polynésie Française.

On frappe à mon hublot : c’est Michel, le voisin, qui vient me prévenir d’une alerte Tsunami.

J'allume les radios (VHF et FM), ouvre le net : c'est sérieux. Nous attendons une vague de plusieurs mètres pour 7h45 suite à un séisme de magnitude 8 à 80 Km au large du Chili.

RFO, comme lors du cyclone Oli est TRES professionnelle nous donnant toutes les informations nécessaires.

Nous devrions être touchés vers 7h45 – 8h00 par une série de vagues de 2 m de haut.

Je prends donc les mesures de protection : amarres doublées et mollies, vérification de l’étanchéité du bateau, test des moteurs. Je prépare mon gilet de sauvetage et le harnais, me fais un thermos et me prépare un méga petit déjeuner.

Comme lors du cyclone, la solidarité entre nous est belle à voir. Les dinghies passent d’un bateau à l’autre, on se parle sur la radio, on se fait un petit geste amical d’un bateau à l’autre.

J’aime cette ambiance. C’est CECI que je suis venu chercher ici. Pas cette ambiance frime des pseudos marins de certains ports de Méditerranée, par exemple, qui n’interrompent pas leur apéritif pour prendre une amarre à un bateau qui arrive.

Il est maintenant 6h20. Je suis prêt.

… à suivre.

07h30 : la vague est en train d’arriver aux Marquises à Hiva Oa, mon « cadeau de Noël (voir le récit à ce sujet). Déjà qu’en temps « normal », le mouillage d’Atuona demande deux ancres et beaucoup de vigilance …
Ici, il y a un grand monocoque (Lady K.) et un grand catamaran qui en voulant quitter le quai se sont mis en vrac. Aux jumelles, je vois des gens dans l’eau. Certainement un bout’ dans une hélice. Moralité : sur un catamaran, faut toujours faire attention à ce qui porte le nom de K. …

08h15 : ça arrive ici. 40cm de marnage pour le moment dans le Port de Papeete. A Atuona – Hiva Oa – Marquises, ils en sont à la quatrième montée. Grosse houle qui grossit … Brrrr. Ici, cool, mais vigilance. 

8h30 : nombre de bateaux sont sortis se mettre à l’abri au large. Le tsunami est en train d’arriver. Un voisin, sur un cata de 35’ avec femme et enfant en bas âge vient de larguer les amarres pour sortir. Je pense qu’il fait une erreur. La vague peut arriver maintenant rapidement et il y a déjà des « trucs » bizarres qui flottent. Le risque de se retrouver avec une vague ou une baisse des eaux au moment où il sera dans la passe n’est pas négligeable. Sans parler de celui de se prendre un bout’ ou autre dans une hélice …


10h30, les bateaux rentrent, il ya de plus en plus de musique sur RFO, l’alerte Tsunami semble passée.
Nous aurons eu une variation de 30 à 50 cm, ici sur la côte Ouest.

Pas de quoi fouetter un chat ou d’effrayer un Cat, qu’il soit Félix ou Chat – teau …

mercredi 24 février 2010

Putxxx d'Horizon


Bonjour, my name is « le Cat – Félix Le cat ».
Je suis un Cat – Catamaran ou Cat - Marrant ou encore Cat – à – marrants, car on ne s’ennuie pas à mon bord … Même quand Charles est seul.
Je suis né du crayon de Christophe Barreau (à canoniser) et, selon mon skipper, contrairement à la plupart des catamarans de grande série, je suis un vrai bateau.
J’ai eu pas mal de frères construits par Catana et quelques uns par Phisa sous le nom de Phisa 42.
J’ai été confié par mon propriétaire à une artiste Suisse allemande qui a vécu plus de 15 ans dans les montagnes du Canton du Valais et qui porte le nom de … Heidi (cela ne s'invente pas).
Une fois mis à l’eau et ayant servi au constructeur à vendre d’autres « frérots », il me fallait un Captain. Heidi est allé m’en chercher un dans ce pays où la terre se finit tant qu’elle prend le nom de « pays de la mer » (Ar Mor en breton), le Finistère.
Charles fait partie de cette race pas toujours compréhensible de gens qui ont plus de facilité à faire un nœud de chaise qu’à montrer comment le faire ou qui peuvent encore s’émerveiller devant la photo du bateau de Tabarly qui décorait leur chambre d’adolescent.
Avant d’accepter de me mener, Charles m’a fait passer un examen. C’était la tempête ce 22 février 2008 sur le Canet en Roussillon et la dame de la Capitainerie s’est étonnée de voir un bateau neuf sortir. « Promettez moi du beau temps jusqu’à Tahiti et je reste au quai pour vous inviter au restaurant, sinon … » a dit mon skipper. Examen réussi. Au cours des premières sorties, je trouvais Charles brusque et lui me trouvait « muet ». Il faut dire que son expérience du multicoque se limitait à des bateaux de course et à des catas de croisière moins excitants à barrer qu’une péniche …
Le 1er avril 2008 (je vous jure que c’est vrai), nous sommes partis tous les trois pour 2000 milles entre la France, la Tunisie, Malte et la Sicile. Dès la première nuit nous nous sommes fait cueillir par 40 Kt (72 Km/h) de mistral qui ont déclenché le déclic entre nous. Je me suis mis à bondir à près de 20 Kt (parfois même plus), je réagissais à chaque réglage. Charles m'a compris comme difficile mais sain. Depuis ce jour, (et les milles parcourus depuis ont renforcé cela), nous sommes devenus le prolongement l'un de l'autre ...
Au retour, j’ai donc été jugé « bon pour le grand voyage moyennant travaux ».
4 mois au sec au Cap d’Agde pour corriger les erreurs du constructeur, me rendre conforme au Bon De et me personnaliser.
Il a fallu refaire touts les connections électriques et électroniques, purger tous les circuits de carburant, refaire du Gel Coat qui cloquait,... J’ai reçu des panneaux solaires, un AIS (cela devrait être remboursé par la sécurité sociale tant c’est un gage de sécurité), des emménagements supplémentaires,...
La sécurité a particulièrement été soignée : ils sont deux à bord, mais j’ai 8 gilets de sauvetage, 2 VHF, 3 GPS, des lignes de vies de partout, y compris à l’intérieur des coques, 1cm au-dessus de la ligne de flottaison. Car le pire a été envisagé : outre un radeau « off Shore », les équipements de survie sont dédoublés, il y a des sacs étanches contenant des vivres, de l’eau, des vêtements, des moyens de navigation et de communication … Et pour finir, mon nom et mon Nº MMSI sont écris sous ma nacelle en rouge fluo.
Le 23 septembre 2008, au petit matin, je vole au bout d’une grue qui me rend à la mer. Je suis prêt. Alors, vers 17h00, on sort pour une petite heure de navigation, pour voir. La nuit est belle, douce, la lune nous fait un clin d’œil. Pourquoi ne pas rester encore un peu en mer ?... Je ne suis plus revenu en France métropolitaine depuis.
Là, je suis au mouillage à Punaauia, au Sud de Tahiti – Polynésie Française.
Charles qui se dit être un bon marin s’est perdu en venant … Et Denise devait certainement encore dormir car elle n’a rien vu ...
Les yeux de Denise quand elle se réveille et voit que nous sommes dans la tempête sont notre grand Bonheur à Charles et à moi et certainement la preuve que Dieu peut être bon ...
J’ai maintenant 24 323 Nm au compteur, soit 45 046 Km. Pour ceux qui ont besoin de comparaison, c’est 300 aller – retour Seynod - les Carroz, 150 aller – retour Bern – Sion ou encore 60 Paris – Marseille …
Nous sommes passés par Madère, toutes les Antilles, les BVI, les USVI, les Bahamas. Arrivés à Miami, un coup par l’Intra Coastal WaterWay – un coup par la mer, je suis allé dormir au pied de Miss Liberty à New York. Nous sommes ensuite redescendus jusqu’à Key West via (entre autre) Washington et Cap Carnaveral, avons visité l’Amérique Centrale remontant même le Rio Dulcé au Guatemala.
Panama ? Une péripétie … Pas simple, mais une péripétie. Et alors que « tout le monde » plonge vers les Galápagos à la belle saison, au travers des calmes et de deux grosses dépressions, nous, nous sommes montés jusqu’à San Francisco … Hisse et Ho, … Santiano (merci Hugues Aufray).
Nous sommes maintenant au Paradis sur terre : Tahiti. Je sais que Charles aimerait se poser un peu pour créer le PolyCat, un condensé de tout ce qu’il sait sur les bateaux, un Cat capable d’aller au Cap Horn et de bronzer au Tuamotus …
Oui, mais depuis quelque jours, il y a un peu de désordre à bord : guides nautiques, cartes marines, calculs de météo …
Hummm, ça sent les longues chevauchées sur la houle du Pacifique ça, parole de Complice. Il paraît que Vesoul et Maubeuge, c’est très beau, Il paraît aussi que les Tongas, la Nouvelle Calédonie, la Grande Barrière de Corail, la Thaïlande, ... ce n’est pas mal non plus. Et puis, Tahiti – Nouméa – Sydney, c’est naviguer dans le sillage de Tabarly, Colas et Kersauzon …
Alors, si Tabarly …
Règle première du bon bateau : on ne contrarie pas son skipper passionné …
Kénavo
Félix Le Cat

mardi 23 février 2010

Manger ou se nourrir ?


En mer, peut être plus qu’ailleurs, la nourriture a beaucoup d’importance.

Tout navigateur rêve, un jour ou l’autre, d’une île surgissant de la tempête où il pourrait faire « a break in the rush », amarrer son bateau pendant quelques heures et prendre un bon repas sur une table qui ne bouge pas.

J’ai récemment fait un tel rêve, d’où ces quelques lignes. Le problème, c’est que mon rêve se finissait en cauchemar sous la forme d’une voix de casserole qui me demandait « french fries or potatoes ? ». Une HO – RREUR !!!

Comme tous les français de ma génération, j’ai passé une bonne partie de ma vie à m’empoisonner, persuadé que, de la cuisine française (la meilleure gastronomie du monde selon 150% des compatriotes de Paul Bocuse), celle faite par MA mère était encore un ton au dessus. J’ai le gros « inconvénient » de ne pas grossir, donc d’avoir peut être plus de mal que d’autres à prendre conscience de certaines choses.

Et puis un jour, à quelques encablures de Hammamet, c’est le coup de barre à cause d’une mal - alimentation.

La première réaction, c’est de remettre totalement en question ses habitudes. Du jour au lendemain, on ne change pas seulement ce que l’on ingurgite, mais aussi sa vision de la nourriture, son comportement à table, son esprit … C’est la phase dite de « décontamination. Cette phase m’a été indispensable. J’y ai été aidé par une équipière qui vomit quasiment toutes les frites ou glaces qu’elle mange, bien qu’elle les adore. Heureusement pour elle, elle est suisse, … pas belge*. Denise m’a fait redécouvrir des saveurs oubliées, de ces petites joies toutes simples telle que celle de croquer dans un fruit bien ferme. Cette phase m’a fait un bien fou au niveau physique. Mes coups de « pompe » ont disparu, je suis devenu plus endurant, mon odeur a changé … Mais la tête ? La pendaison de Judas prouve que l’homme qui se renie et brûle les siens n’est pas heureux.

D’un tempérament plutôt extrémiste (pas en politique !!!), j’ai ensuite connu une phase opposée, faite de Mac Do et de cassoulets tous plus gars les uns que les autres … L’enchaînement de ces deux phases, alliées aux aléas de la vie et aux difficultés rencontrées (merci PS !!!), m’a fait me perdre avec moi-même et pas que sur un plan alimentaire.

Heureusement, avec l’aide de la vie, de l’océan, de ceux qui vous aiment et du peu de bon sens qui sommeille en chacun de nous (si, si, … j’ai mis du temps à trouver, mais j’y suis arrivé), le juste équilibre devient une évidence.

Il y a un lien comme circulaire entre trois données : ce que l’on mange, ce que l’on fait et dans quel état mental on est.

Lors de la traversée San Francisco – Hiva Oa en décembre dernier, j’ai passé une semaine sans soleil, à manœuvrer en permanence sans jamais vraiment dormir. Pendant cette semaine, je ne mangeais pas, je m’alimentais.

Et puis un matin, le ciel a changé de couleur, le vent s’est calmé et le soleil s’est mis à briller … La tempête était passé.

Ma première réaction, moi l’affamé, a été de nettoyer de fond en comble le bateau. Ensuite, je me suis bien lavé, j’ai cuisiné, organisé une jolie table et à moins de 100 Km au Nord de l’Equateur, alors qu’il faisait près de 30ºC, j’ai enfilé un costume et une cravate. J’avais rendez vous avec moi. La Légende des Volets Clos de Dan Ar Braz avec Carlos Nunez à la flute a mis une touche de magie finale à cet instant.

Se nourrir n’est pas un mal nécessaire, c’est aussi un moyen de communier. Avec soi même, avec ceux que l’on aime, mais aussi avec ses racines.

Quand « mon Luké » m’a invité à son bord à la Grenade, alors que nous ne nous étions pas revus depuis un an à Sète, il ne m’a pas fait un discours sur la solidité du lien qui nous uni. Il a jeté simplement des oignons dans une poêle qu’il a marié avec quelques pates et un peu de viande. Et le carré de Belle De Lune est devenu, à mes yeux, le plus bel endroit du monde. Comme un Lit d’Amour est un lieu où s’expriment physiquement des sentiments, nos agapes sont devenues un hymne à l’Amitié, à la Fraternité, à ce lien unique qui lie des hommes dont le cœur bat à la même cadence quand ils regardent dans la même direction.

Manger, c’est aussi se faire accepter et dire à l’autre qu’on le prend tel qu’il est, avec ses différences culturelles. Quand avec Claude Borreau nous négocions, auprès des nomades mauritaniens, la création de Centre de Soins de Santé Primaires, rien n’était envisageable tant que nous n’avions pas présenté notre « passeport » : notre aptitude à manger, selon la Tradition, le mouton. Et je me souviendrai toute ma vie de cet ado de Ruffisque (20 Km au Sud de Dakar) qui, sortant de prison, m’a promis de retourner à l’école si je mangeais le Tieb Bou Dien comme un vrai sénégalais. Il est retourné à l’école et moi, je me suis régalé …

Partout où je vais, je me délecte de ces spécialités mangées dans les quartiers populaires. Je ne suis pas de ceux qui croient connaître la planète en connaissant le prénom de tous les chefs des Hôtels Le Méridien (hello Jean Michel). A la Grenade, par exemple, j’ai suivi les employés de la banque où je changeais mes sous lors de leur pause pour découvrir LE petit restaurant caché au fond d’une cour. A Papeete, c’est le gardien de la Marina qui m’a montré la « roulotte » de la mama chinoise. Trois jours malade à mourir, mais j’ai survécu. Dorénavant, appelez-moi « Jesus ». Les matchs de la dernière Coupe du Monde de football, je les suivais depuis les « Take Away » de Malte. Quand aux frites de la Frituur de Royers Sluis à Anvers, demandez à mon chien ce qu’il en pense. J’ai même aimé le petit déjeuner aux Bahamas. C’était artificiel, TRES nutritif, sans personnalité, … C’était les Bahamas !!!

Je dois être un mauvais marin : je n’ai pas une femme dans chaque port, « dommage pour elles » aurait dit Gainsbourg. Mais je connais, dans quasiment chaque endroit où je suis allé, un lieu où l’on peut, avec la complicité de quelques mets locaux, avoir des échanges qui permettent de mieux connaître le pays que n’importe quel cours de géopolitique. Voici une idée pour les leçons de géographie : des repas découverte où un invité parlerai de son pays.

Je crois que si Socrate avait raison quand il disait « Homme libre, toujours tu chériras la mer », il me semble que les hommes de mer se doivent de promouvoir la Liberté. Et la Liberté, c’est de se donner les moyens d’être heureux, y compris au travers de la nourriture.

Cela veut il dire que je suis devenu une sorte de Labrador gargantuesque qui sait, en plus, monter un cata à plus de 20 Kt ? Non, je fais très attention à ce que je mange, et je gère mes repas en fonction de mon activité physique. Je privilégie aussi la qualité à la quantité. Cela me permet de pas faire la fine bouche devant la salade tahitienne d’Angela et Maeva ou les lasagne de Ghanya lors mon anniversaire …

J’écris ces lignes alors que le ponton le plus proche est celui du Mac Do de Punaauia au Sud de Papeete. En près de deux mois ici, j’y ai mangé deux fois : une fois parce que j’avais envie et l’autre parce que surpris par la pluie en allant au pain, j’y ai retrouvé un copain venu comme moi s’y abriter.

Je radote certainement, mais à mes yeux, les plus belles choses sont celles que l’on partage. Donc une petite dernière pour la route : le 18 décembre dernier, via un petit mot sympa, Denise, mon équipière habituelle, m’offre pour le passage de l’Equateur, une jolie boite de chocolats qu’elle avait cachée.

Je n’en mange qu’un ce jour là, puis un autre, une fois arrivé, le soir de Noël. Le surlendemain, je pars me recueillir sur la tombe de Brel où je prends un malin plaisir à déguster un chocolat en forme d’étoile, offert par une suissesse pour saluer le chanteur belge de « l’inaccessible Etoile » enterré aux Marquises. Arrivé au musée Brel, j’apprends qu’il est fermé. Je suis d’autant plus embêté que mes chocolats fondent faute d’être mangés !!! On m’a confié la clé du musée, je suis resté tant que j’ai voulu et j’ai fini la boite de chocolat avec le maire, un ami de Jacques Brel, un ancien pilote de l’aéronavale qui en a certainement fait des vertes et des pas mures, …

Manger ou se nourrir ? L’important, c’est d’être heureux. La vie est un festin. Bon appétit !!!

Charles Château

* : malgré trois re - lectures, je suis TRES content de mon clin d’œil à ces deux peuples que j’aime tant.

vendredi 19 février 2010

Take Care Nation.

Les gens « normaux », quand ils se quittent, se disent « Kénavo ». Les autres font ce qu’ils peuvent.

Sur le reste de la Planète Bleue qui n’a pas la chance d’être comprise entre Vilaine et Loire (prochainement sur ce Blog : comment se faire plein de copains avec UN article !!!), cela va du « auf Wiedersehen » au « Goodbye », en passant par « Ciao », « au revoir » ou encore « Hasta Luego ». Aux Etats Unis, de New York à Key West et de San Diego à San Francisco, on dit généralement « Take Care ».

Quand je faisais de la Radio Locale / Pirate, je cherchais mes mots au travers de « euhhh » ou « donc …» tous plus poétiques les uns que les autres. Récemment, je suis allé écouter un prêcheur qui faisait de même avec « alléluia » par ci, « alléluia » par là. Les américains utilisent le « Take Care » de la même façon et malheureusement cela me semble plus grave qu’anecdotique.

Je suis de la génération dont les parents ont connu la seconde guerre mondiale et le débarquement des GI venant nous sortir du cauchemar Nazi. Avant mon arrivée à Miami, je voyais les compatriotes des Frères Wright et de Henri Ford comme un peuple courageux et entreprenant.

J’ai débarqué aux USA en sachant que le pays connaissait des quartiers où la délinquance est à l’échelle continentale, mais où la Police l’est également.

Chez les inventeurs du Mac et d’Internet, je pensais trouver un peuple de communicants ayant tous l’esprit plus vif les uns que les autres …

Et pourtant, il n’en est rien de tout cela.

L’Américain a peur, et peur de tout. J’ai réussi à effrayer un policier de l’aéroport de San Francisco avec … un verre d’eau. OUI !!! UN VERRE (en plastique transparent) avec de l’eau plate à l’intérieur. Je ne sais ce qu’il a imaginé …

La peur est omniprésente aux USA. Elle est aussi une belle aubaine pour certains business et pour justifier de trop mauvaises habitudes frôlant l’addiction. Par exemple, les armureries, où il est simple comme bonjour d’acquérir des armes de guerre, foisonnent. Et pas que dans les grandes villes ou dans les villes à fort taux de délinquance. Donc tout le monde est armé. Pourquoi ? Logique : parce que tout le monde est armé …

Les retraités, eux, ne se réunissent pas pour boire des bières parce qu’ils n’ont pas l’imagination d’utiliser mieux les dollars de leur retraite si chèrement gagnés pendant une vie de dur labeur. Non, ils se réunissent et se saoulent pour ne pas être seuls de peur d’être isolés et donc en insécurité.

A cause de ce climat d’insécurité que je soupçonne d’être entretenu par certains, l’américain communique … grâce à son I Phone. Quand je suis revenu de l’aéroport de San Francisco le 25 novembre dernier, dans le BART (sorte de RER), je me suis assis à côté d’un jeune homme obnubilé par son téléphone portable. J’ai essayé en vain d’engager la conversation, alors, j’ai fait l’indiscret et ai constaté qu’il était sur un site de rencontres. Pendant la majeure partie de l’heure que nous avons passé ensemble, il y avait, juste devant nous, une plus que charmante demoiselle de son âge …

Le plus significatif de l’expression de cette peur, c’est par rapport aux phénomènes naturels. Si l’orage tonne, les supermarchés résonnent de « oh my God » ou « Jesus », …

J’ai eu l’occasion de vivre un « hurricane » à Cabo au Mexique (mais avec principalement des américains) et un cyclone à Papeete.

Dans le premier cas, c’est la fin du monde, ou presque. Tout le monde a peur, se protège et parle pendant des mois jusqu’à San Francisco (à 1000 milles de là) des 30 Kt de vent rencontrés. De l’autre, chacun s’organise tant pour soi que pour venir en aide à autrui et si Olie alimente les conversations pendant une semaine, c’est juste pour se réjouir de ne pas avoir eu plus de 65 Kt de vent …

Alors je m’interroge : l’Amérique d’aujourd’hui pourrait elle générer encore des Charles Lindbergh, Neil Armstrong ou Steve Jobs ? Rien n’est moins sur.

Et pourtant, il y a tant à faire dans ce monde qu’il faut bien que des hommes et des femmes dignes de ce nom, comme on dit le long de la Penfeld, aillent au maille.

« Allons enfants de la Patri i e,

Le jour du Courage est arrivé … »

jeudi 18 février 2010

Marins d'eau douce

Je suis issu dʼune famille où, depuis des générations, les hommes se passent, de père en fils lʼAmour de la Mer. Ils se transmettent aussi un peu de cette science nécessaire pour faire avancer ces merveilleux objets de communion avec elle que lʼon nomme « les bateaux ».

Quand jʼétais enfant, tout virement de bord raté ou tout nœud mal fait me valait dʼêtre traité de « Marin dʼEau Douce ». Plus tard, que ce soit en tant que moniteur de voile, skipper ou simple ami / parent / collègue de travail, jʼai, à mon tour, affublé du même

qualificatif ceux et celles qui ne partageaient pas ma passion selon les règles de lʼart.

Et puis, en 2002, je suis devenu aussi un professionnel des voies fluviales et des canaux. Sur ma propre péniche de commerce, en deux ans et demi, des Pays Bas à Sète, jʼai parcouru plus de 33 000 Km et ai franchi plus de 4 000 écluses.

Avec mon équipage nous avons connu les crues de la Saône à Pontailler, les glaces à

Digoin, le brouillard à Maastricht ou les écluses bondées des polders néerlandais,...

La nuit venait de tomber le 1er septembre dernier quand jʼai engagé Félix, le catamaran

que jʼai en charge, dans lʼécluse aval de Gatun, la première du Canal de Panama dans

le sens Atlantique – Pacifique. Quand le cargo qui nous précédait a remis en marche son énorme hélice, nous avons été aspirés et nous nous sommes mis en travers, à 5 nœuds, droit vers les charnières de la porte aval droite qui attendaient nos poupes comme une mâchoire géante attendrait sa proie.

Dans ces moments-là, il est trop tard pour réfléchir. Seul le travail fait avant et lʼexpérience comptent. Ayant lʼhabitude des reflux entre autre du Canal du Nord, jʼai remis le « fauve » sur ses rails et nous avons éclusé normalement. On mʼavait dit que le Canal de Panama était difficile avec un bateau de plaisance. Une américaine lʼa même qualifié de « scarry » quelques minutes avant notre appareillage. Entre les remous dans les écluses, les courants qui vous emmènent à 5 nœuds dans lʼarrière du cargo qui vous précède ou le pilote qui se trompe et fait que le bulbe du cargo suivant sʼarrête à 1m50 de vos panneaux solaires, oui, le Canal de Panama a été à la hauteur de sa réputation.

Pourtant, Félix en est sorti sans une égratignure et le « chef » de nos « liners » qui font passer deux bateaux de plaisance par semaine, nous a félicité pour la douceur du passage nous apprenant que jamais ils nʼavaient eu aussi peu de travail sur les amarres qui maintienne le bateau au milieu de lʼécluse.

Si ce catamaran est un bon bateau que je commence à bien connaître, il est indéniable que mon expérience du fluvial a fait la différence. Merci à toutes ces fois où je me suis « raté » - mais avec un bateau en acier de 6mm, comme merci pour tous les conseils donnés gratuitement par des vieux mariniers dont tous ne savaient pas lire mais qui portent en eux une connaissance séculaire des choses de la Voie dʼEau. Tout cela nous a permis de faire que ce passage du Canal sera lʼune des plus riches expériences de ce début de voyage qui nous a déjà emmenés au travers de lʼAtlantique, sur les Antilles, les

Iles Vierges, les USA de New York à Key West, le Bélize ou la jungle du Guatemala …

Dorénavant, jʼutiliserai le terme « Marin dʼEau Douce » uniquement pour complimenter quelquʼun qui a su faire la quintessence dʼun ensemble hétérogène de savoirs liés au bateau.

Charles Château

A bord de Félix




lundi 15 février 2010

Merci Henri


Quand mon père est mort en 1973, il m'a grosso modo légué sa culture maritime et son appareil photo.



J'avais, à cette époque une dizaine d'années et autant j'étais heureux sur l'eau, autant je m'ennuyais fermement en cours théoriques de voile.


Quand le photographe s'est installé dans l'immeuble d'à côté à Seynod (au Nº 16, nous habitions au 12), je suis allé le voir avec l'appareil de papa et une question : comment ça marche ?



Henri et son épouse ont pris le temps de me montrer et de m'expliquer ce qu'était la photographie. Pour moi, à cette époque, ce n'était que l'occasion de faire des grimaces lors des réunions familiales ...


Quand je suis revenu avec mes tirages, Henri a pris le temps de commenter mon "travail" et m'a offert le livre de son fils : Eléments de technologie pour comprendre la photographie. Il l'avait paraphé ainsi : la Photographie, c'est l'Art de rien oublier.

J'ai dévoré ce livre et me souviens, plus de trente ans plus tard, de nombre de détails


Les Odesser m'ont pris à la bonne et Henri m'a non seulement appris son métier, mais il m'a donné le goût de la technologie. Son épouse m'a aussi ouvert les yeux sur la Culture en me faisant, entre autre, découvrir sa passion pour Mikis Théodorakis. Henri m'emmenait partout, m'expliquait, me corrigeait, était patient, pédagogue et me transmettait sa passion. Une veille d'exposition (la première de mes "oeuvres"), alors que j'agrandissais la photo d'une poubelle avec un chien qui levait la patte dessus, il m'a même fait pleurer, à 2 heures du matin, parce qu'il estimait que je pouvais mieux faire.


Grâce à Henri, j'ai compris qu'un appareil photo pouvait être un sésame ouvrant nombre de portes, les premières étant celles des chantiers (dont l'Hôtel de Ville) de Seynod qui se construisait. Je me suis souvent servi de cela plus tard.


J'ai réussi une fois à faire une photo meilleure que lui (bel exploit !!!). C'était l'un des premiers mariages célébrés à Seynod. Nous faisions, comme on dit, les "signatures", Henri aux gros plans, moi au cadrage "large". Le marié se trompe et ne signe pas au bon endroit, ça arrive. La mariée s'est mise à l'insulter : quel con, mais quel con ... Cadrant large mon rire n'a pas empêché que la photo soit "vendable". Sur celle de Henri, on ne voyait qu'un décolleté... Je me souviendrai toute ma vie de notre complicité à cet instant.


J'ai quitté la Haute Savoie vers l'âge de 18 ans, même à marée haute, j'y étais trop loin de la mer. Henri m'avait donné le goût de la technologie, je suis devenu ingénieur et suis capable aujourd'hui de diriger la construction de n'importe quel yacht de A à Z. Les Odesser m'ont ouvert l'esprit aux autres cultures, j'ai parcouru le monde et me suis plongé avec délice dans ses différences.

J'écris ces lignes au mouillage à Tahiti. Et ce n'est pas fini : le Pacifique Sud, la Nouvelles Zélande, la Grande Barrière de Corail, la Thaïlande, ... sont au menu (avec le Cap Horn pour mes 50 ans !!!).



Le 26 novembre dernier, au large de San Francisco, j'ai rencontré LA vague que même Tabarly avoue craindre dans le film de Dominique Pipat sur son record New York - Angleterre. Connaissant mon travail, maîtrisant la technologie de mon bateau et ayant en souvenir tout ce que j'ai vécu, lu, entendu, ... j'ai réussi à ne pas chavirer.


La navigation, c'est AUSSI l'Art de ne rien oublier.



Merci Henri