mardi 1 juin 2010

Fiji Islands : the Hidden Paradise



Boula (« Ia Orana » ou bonjour en fijien) ou bonjour.

Autant les Cook ne m’ont pas emballées et les Tonga ont été décevantes, autant j’ai été séduit par les Fiji. Seraient elles le « Paradis Caché » ?

Pour commencer, je dirai que sur un plan purement « voile », j’ai pris beaucoup de plaisir à glisser le bateau entre ses récifs et ses diverses petites îles. Naviguer à la voile dans des passages étroits avec du courant pas toujours dans le sens du vent m’a fait penser à mes premières armes du côté du Cap Cepet dans le Var ou du phare du Petit Minou à la sortie de la Rade de Brest.
A 10 ou 12 ans, j’ai vu un club de Tahiti  se faire « étriper » par le PSG (5-0) dans le cadre de la coupe de France de football. Néanmoins, les joueurs étaient contents, expliquant cela par le fait que, dans le Pacifique, on a toujours le sourire … Ce sourire, je l’ai vu et ressenti en Polynésie Française, un peu aux Cook, pas du tout aux Tonga mais énormément dans cet archipel … Les fidjiens m’ont donné le sentiment d’être heureux de leur sort.

Le pays est, ce que l’on peut appeler,  et sans aucune intention de vexer qui que ce soit, un pays pauvre. Par exemple, même dans la capitale ou dans LA ville purement touristique, je n’ai pas vu de grosse Mercedes, de Porsche ou de ces signes ostentatoires de richesse. C’est un pays qui a des valeurs que, je le crois, nombre de peuples se devraient de développer.
La première de ces valeurs et qui saute aux yeux est la propreté, tant des corps, que de l’âme ou de l’environnement.
Durand nos deux semaines d’escale, je n’ai pas vu de gens « sales », pas ou peu de clochards, pas « d’épaves de la Société », … Les gens, même s’ils ne sont vêtus que d’un T Shirt et de leur Sulu (jupe traditionnelle que portent autant les femmes que les hommes), sont propres sur eux.
Et ils le sont aussi dans « leur tête », développant un sens inné de l’accueil. Ce n’est pas un accueil « formaté » comme nous l’avons par exemple rencontré à St Thomas, dans les Iles Vierges Américaines. Là, en toute honnêteté, une policière nous avait expliqué que dès leur plus jeune âge, on apprend aux enfants que les touristes sont « le sang qui coule dans les veines du pays ». Aux Fiji, c’est naturel, désintéressé et si agréable.

Contrairement à ce que disent certains guides de voyage, que ce soit dans la capitale (Suva), dans les lieux purement touristiques (Port Denarau, Nadi, Savusavu), ou en brousse, je n’ai pas ressenti d’insécurité. Il n’y a même pas « d’agressivité commerciale ». Contrairement à Bora Bora, (entre autre) où l’on vous arrête dans la rue pour proposer des perles ou une excursion, les commerçants sont discrets et ne sortent pas de leur boutique pour forcer à acheter quelque chose …

Le fidjien est respectueux de tout et de tous. Au contraire de certains américains, personne ne m’a indiqué une mauvaise direction par faute de reconnaître ne pas savoir où se trouve une boutique ou un restaurant.
Ce respect, il est aussi TRES visible dans les bus. Spontanément, les enfants se lèvent pour laisser leur place aux anciens, personne n’écoute du RAP de manière à « en faire profiter la terre entière », les gens sont polis, gentils et serviables. Quand je pense au « cirque » que nous mettions avec mon copain Philippe dans le bus qui nous menait au lycée, au ski ou à la voile … Il est probable que si nous avions été fidjiens, un adulte se serait vite chargé de nous donner « des cours de civisme particuliers ».
Les autorités ne se prennent pas pour « Rambo » et ne considèrent pas avoir tous les droits. Leurs services de l’immigration sont les premiers depuis notre départ de France, en septembre 2008, à avoir spontanément enlevé leurs chaussures en montant sur le pont. Au bout de 20 minutes de formalités simples, courtoises et bon marché (8 €), nous avons été accueillis par un « welcome in Fiji ». Pour être tout à fait en règle, il nous fallait aller payer la fameuse taxe à l’hôpital le plus proche. Cela nous a donné l’occasion de constater que le système de santé est totalement gratuit pour les habitants du pays, performant, propre et humain. Même si, comme en Afrique, ils s’appuient  sur l’aide internationale (beaucoup le Japon),  celle-ci ne semble pas être détournée et chaque US $ est utilisé à bon escient.
Ils sont une ancienne colonie britannique (parlent anglais et roulent à gauche) et cela se ressent dans leur politesse, leur gentillesse et leur éducation. Un samedi, nous partons en quête de l’une des seules fermes perlières du pays. Au bout de 10 minutes de marche c’est le déluge et nous avons le sentiment de l’avoir ratée. Sur une petite butte, il y a une maison des plus modestes en planches de bois et toit fait de plaques de tôles. Sous l’abri ouvert qui donne sur ce qui doit être la pièce principale, une vieille dame, un bébé et un homme de mon âge nous observent. Quand je lui demande notre chemin, spontanément, il nous invite à nous abriter chez lui. Nous sommes restés une demi-heure à parler avec cet électricien de condition modeste mais qui a, à mes yeux, la plus grande richesse qui soit : celle du cœur.

Pendant notre séjour au quai de Raiatea – Polynésie Française, tous les matins, c’était le même cérémonial : il fallait trouver une poubelle ou réussir à mettre notre sac dans celle du supermarché sans se faire disputer par un gardien. Aux Fiji, il y a des poubelles partout !!! Les rues sont propres, pas un papier qui traine par terre ou un graffiti sur un mur. Nous avons pris un dimanche un bus qui traversait la deuxième plus grande île de l’archipel : Vanua Levu. Nous partons de la ville principale (Savusavu) et au bout d’une dizaine de kilomètres le goudron s’arrête pour faire place à une piste de terre battue. Pendant plusieurs heures nous avons traversé une brousse qui m’a fait penser au Cameroun. Nombre de village dans lesquels nous nous sommes arrêtés n’ont pas l’électricité, certains n’ont même pas l’eau courante. Les gens y vivent dans des cases de bois. Et bien, même dans ces lieux, c’était propre … J’y ai même vu des poubelles de tri sélectif !!!

Au début de cet article, j’ai écrit « Pays Pauvre ». Il paraît que l’on dit, pour être politiquement correct, « Pays en Voie de Développement ». S’il y a bien un pays que j’ai visité qui mérite amplement cette appellation, ce sont les Fiji.
Car le fidjien se donne les moyens de réussir et progresse.
Ce pays était, encore récemment, une dictature. Contrairement à nombre de peuples (je pense spontanément à certains de l’ex bloc soviétique), il ne s’est pas relâché en tombant dans une sorte de laxisme résultant d’une nouvelle Liberté et de l’arrivée de fonds internationaux.
Les gens semblent vivre en bonne intelligence entre eux. Les églises de diverses confessions côtoient les mosquées ou les temples bouddhistes. Selon la police, il y a rarement des oppositions entre les communautés et, quand il y en a, elles ont toujours un conflit commercial pour cause. La grande Bretagne a importé, au début du 20ème siècle, des indiens (d’Inde …) pour principalement construire les routes. Ils y sont restés et semble s’être mieux assimilés à la population locale que les chinois de Polynésie, même si le Président actuel s’y nomme … Tong Sang.
Petit point qui m’est significatif : aux Fiji, personne ne m’a dit que j’étais un étranger, contrairement à Rangiroa, dans les Tuamotus …

La plupart des adultes travaillent (actuellement, cela ne va certainement pas durer) pour 2 US$ de l’heure. Ils travaillent dur, bien, beaucoup et semblent ne jamais se plaindre. Nous avons échangé avec des chefs d’entreprises.  Deux américains qui construisent des maisons et un néo zélandais qui ramasse les ordures nous ont fait part de leur plaisir de travailler avec ce peuple attachant, performant et qui cherche à se développer. Pour preuve s’il en est : The University Of Fiji est décrété, pour le 21ème siècle, « National Priority ».

Peu de touristes venaient aux Fiji. Alors, le gouvernement a pris les choses en main.
Il a commencé par choisir le lieux d’où partirait son développement : ce sera l’ouest de l’île principale en raison de son lagon, de ses petites îles et « motu » (petite îlot de corail), de la proximité d’un joli archipel situé au nord ouest du pays et de sa grande plaine. Là, il a construit un aéroport international que j’ai préféré de loin à celui de Tahiti et y a attiré d’ores et déjà plus de compagnies aériennes. Et tant pis si c’est au détriment de celui de la capitale Suva. Le touriste doit se sentir « roi » et ne pas avoir à faire 3 heures de bus en débarquant.
Ensuite, il s’est occupé du seul port en eaux profondes de la région : Lautoka. Création d’un quai et des structures pour l’accueil de paquebots, élargissement en 4 voies de l’axe routier qui va à Nadi (la grande ville touristique), aménagement du quartier entre le port et la ville, …
Cerise sur le gâteau, il a « inventé », dans une ex vasière, Port Denarau. Port Denarau, c’est un village moderne qui donne sur un port de luxe. Tout y est prévu pour que Madame dévalise les boutiques de luxe avant de retrouver Monsieur de retour du golf pour déguster un plat fidjien, italien, américain ou indien en admirant les supers yachts. Bien entendu, Port Lautoka a ses résidences dont certaines avec ponton privé et ses hôtels 5 étoiles. Des navettes gratuites fonctionnant 24/24 et 7 jours sur 7 emmènent les touristes au Casino ou aux diverses activités : excursions vers les îles, parachutisme ascensionnel et chute libre, ski nautique, … Il y a même une plate-forme pour hélicoptère.
Quand nous étions à Moorea, nous nous sommes arrêtés à l’école d’agriculture. Pris en stop pour y aller par un de ses professeurs, nous lui avons demandé pourquoi la plupart des fruits et légumes vendus en Polynésie Française étaient importés, donc participaient au fait que la vie y est particulièrement chère et que le moindre cyclone vous prive, par exemple, d’un bon couscous aux légumes frais. Sa réponse a été très claire : « sous ses latitudes, cela ne pousse pas … ». Ah bon ? Je ne m’y connais rien dans ce domaine, mais je sais lire un GPS. Cette école est située par 17º 31’ de latitude Sud,  la ville de Lautoka, au Nord Ouest de la principale île des Fiji l’est par 17º 36’ de latitude Sud. Pour ceux qui ne le savent pas, 1’ de latitude égale 1852 mètres. Et à Lautoka, il y a un marché regorgeant de fruits, légumes et épices tous plus savoureux les uns que les autres. Comme à Suva la capitale ou à Savusavu, notre première escale dans ce pays. Rien, ou presque rien, de ce qui y est vendu n’est importé. Est ce à cause de cela que la vie y est bien moins chère que partout où nous sommes passés dans le Pacifique ? Bien entendu, le T-Shirt « I Love Fiji » est vendu au même prix que le T-Shirt « I Love San Francisco » ou « J’aime Seynod », puisque certainement fabriqué aussi à Taïwan ou à Hong Kong …
Si les restaurants locaux sont sympathiques et bons marchés, les portions sont pour ascètes et nous nous sommes surpris à commander plusieurs fois le même plat ou à manger dans plusieurs restaurants pour satisfaire notre faim. Ce qui est loin d’être déplaisant. ATTENTION, pour les palais sensibles, la nourriture est TRES épicée.
Et pour les enfants, les jeunes ou les autres, le Menu Maxi  Best Of Big Mac, avec Grande Frite et Grand Coca avec autant de sauces que désiré est à 5 US $

Les fidjiens découvrent le nautisme et l’apport qu’il peut leur apporter.
Il ne semble pas y avoir encore de vrai magasin spécialisé nautisme tels que nous les connaissons en France ou aux USA. Mais Fedex fonctionnerait très bien et l’importation de pièces détachées serait très simple au niveau administratif. Il semblerait n’y avoir, sur tout l’archipel, que quatre marinas. Nous les avons toutes visitées.
Savusavu, sur l’île de Vanua Levu (au Nord Est) a peu de place à quai, mais des bouées bien solides à 5 US$ par jour comprenant aussi les douches, la « Laundry », le dinghy dock, le gardiennage 24/24, la proximité de la ville, une connexion WiFi pas très chère … et le sourire de la charmante hôtesse de l’accueil.
Suva a une belle marina, mais toute petite. Là, mouillage et dinghy pour profiter des services et de la proximité de la ville (1,5 US$ pour y aller en taxi).
Vuda Point semble être un trou à cyclone avec quelques places à quai et un chantier capable de sortir des bateaux d’une taille respectable. Si la situation « géographique » au fond d’une baie emplie de vase la protège des hypothétiques phénomène naturels, elle attire les moustiques qui eux, ne sont pas « hypothétiques ». De plus, on y est loin de tout, sauf du bar. Pour les amateurs de bières dont je ne suis pas …
Et puis Port Denarau. C’est LA marina par excellence avec ses pontons flottants neufs, son eau potable, son cadre, … Pour la première fois depuis le départ de France voire même de ma carrière de skipper, j’y ai vu des bornes électriques accueillant  toutes les prises et tous les systèmes existants … Le tout à 25 US$ par jour. Moins cher qu’à Toulon ou à Malte.

Sur les publicités, il est écrit : Fiji, the hidden paradise » (Fiji, le paradis caché). Je serais de mes amis chargés du tourisme dans cette Polynésie Française qui a tant d’importance dans mon cœur, à moins de sérieusement remettre en cause beaucoup de chose au Fenua, je souhaiterai vivement qu’il le reste longtemps encore …


Quand j’étais adolescent, fin des années 70, j’ai lu le livre d’Alain Pierrefitte : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Depuis, la Chine s’est réveillée et il est trop tard pour trembler, il faut « faire avec ». A part les stations de ski et le plus bel endroit du monde (la rade de Brest, bien entendu !!!), nombre de destinations touristiques devraient se souvenir de la leçon …

Charles Château

samedi 15 mai 2010

Tonga : Un sourire SVP


Mon « Maître » en photo (voir l’article : « Merci Henri »), pour que les sujets à photographier se tournent vers lui et lui sourient disait toujours « vers moi … ».

Si Henri était venu aux Tonga, il n’aurait pas arrêté de prononcer cette phrase. Et pourtant, l’archipel n’est qu’à 2500 Km de Tahiti, île où tout le monde ou presque semble heureux de vivre.

Les Tonga sont un royaume qui s’étire du sud au nord sur environ 300 Km, entre Polynésie Française et Fidji. L’île la plus touristique est celle de Vava’U. Et c’est vrai que ça a l’air joli. J’y ai fait une entrée de nuit sous la lune et j’ai eu beaucoup de plaisir à naviguer au milieu de tous ces rochers, à m’enfoncer, un peu comme au Guatemala, dans une baie cernée de collines verdoyantes et à découvrir un mouillage bien protégé avec de beaux corps-morts.
Mais une fois débarqué, le samedi précédant la fête des mères, quelle déception.

Pour résumer, les Tonga c’est un pays du tiers monde. Ce n’est pas un pays en voie de développement, mais plutôt en voie de régression. Il y a des ruines de partout, rien n’est entretenu, rien ou presque rien ne semble être fait pour développer une activité quelconque. Dans les autres pays de ce type que nous avons traversés depuis notre départ de France métropolitaine en septembre 2008, il y avait partout des petits vendeurs, des artisans, des gens qui donnaient l’impression de chercher à se sortir de leur condition.
Comme souvent, ce n’est pas propre, les voitures sont délabrées, les trottoirs chaotiques, … Cela peut sembler surprenant, mais habituellement, dans cette « crasse » et ce désordre, il y a une vie. J’ai vu, principalement en Amérique Centrale, des épaves de bus Volkwagen transformées en boutiques, des gens vendant des objets plus que probablement trouvés au milieu de déchets, … Aux Tonga, c’est sale … Point.
Il y a des banques (relativement beaucoup), dont les inévitables « Western Union » et « Money Gram » qui permettent de transférer de l’argent liquide d’un pays vers un autre. Il y a aussi quelques boutiques. Elle se ressemblent toutes, sont petites, peu achalandées, pas avenantes, … Il n’y a aucun effort « commercial » qui y est fait tel que de la lumière, des promotions, une jolie présentation, … Je n’y ai pas vu de produits que je qualifierai de (pour moi) sympathiques pour le marin qui débarque : fromages, bonnes crèmes desserts, beaux steaks bien épais, …
Le marché est au diapason du reste : petit, pas de vie, pas de produits flamboyants. Ah, qu’il est loin le marché de Papeete avec ses couleurs et ses odeurs, ses beaux poissons, ses belles fleurs et sa musique, …
Car, et c’est à mes yeux le plus triste, il n’y a pas de joie de vivre dans ce pays. Pas de fleur offerte par un homme amoureux d’une jolie femme pour son oreille, pas de musiciens qui font la « manche », pas d’enfants espiègles qui courent dans tous les sens, …
J’ai traversé le marché en diagonale. Nul ne m’a interpellé pour me proposer d’acheter, à « meilleur prix » le plus beau des fruits, ni ne s’est mis en travers de mon chemin avec une « grappe » de poissons tous plus beaux les uns que les autres. Pourtant, les poissons y sont, je les ai vus depuis le bateau.

Nous sommes allés manger le dimanche soir dans l’un des trois ou quatre restaurants pour touristes, installé juste entre les agences locales des deux leaders mondiaux de la location de voiliers. Cadre superbe, nourriture raffinée et bien présentée, … L’hôtesse était jolie, très professionnelle, très avenante. Tiens … Elle nous a dit avoir passé six mois dans une école spécialisée aux Fidji afin d’apprendre tout cela. A ce moment là, je l’ai observée différemment et il me semble bien que chacun de ses actes, dont ses sourires (naturels chez tout commerçant en particulier et chez tout individu en général) était le résultat d’un « formatage » !!!
Pendant le repas, en raison du « mother’s day », il y avait régulièrement un mini spectacle. C’était toujours le même : quelques chants en play back avec une sorte de déambulation plus ou moins gracieuse. De tous les « acteurs » (le personnel de l’établissement), pas un seul n’a souri de toute la soirée.

Le matin, nous avions fait le « tour des églises » : catholique, mormons, protestants – réformés. Même dans les maisons de Dieu, un dimanche, je n’ai pas trouvé de joie de vivre.

De quel mal souffrent les Tonga ? Je ne le sais et je ne tourne pas en ce moment autour de la planète pour la soigner, juste pour la découvrir.

« Amis des Tonga », il ne me semble qu’il ne vous reste plus qu’à prier pour qu’il se mette à neiger sur vos collines et qu’un milliardaire fou y construise un remonte pente. Mon copain Philippe sera heureux de venir m’y donner des cours de ski. Trouvez nous deux Solex pétaradant et vous allez voir comme nous allons vous réveiller …
Allez, rendormez vous, ce n’était que de l’humour.


Charles Château

samedi 8 mai 2010

Rarotonga – Papa Joe Land



En provenance de Raiatea – Polynésie Française, quittée avec regrets (allez savoir pourquoi …), nous sommes arrivés à Rarotonga, la capitale de l’archipel des îles Cook dans la nuit du 26 au 27 avril 2010. La traversée a été assez difficile : soit pas de vent, soit la tempête. Il pleuvait tant, pour les dernières manœuvres, que même avec des vêtements faits pour cela, j’étais trempé.
L’entrée dans le port n’a pas été simple car il n’y a aucun balisage. Donc soit nous sommes bon … soit nous sommes coulés !!! Comme à la bataille navale.
Sur le quai, un homme nous a fait signe de nous amarrer le long d’un poste fait pour des cargos. Non seulement les grosses protections noires ont sali notre belle coque blanche, mais en plus, exposés dans l’axe de la passe, nous nous sommes fait secouer tout le restant de la nuit.
Autant dire que, bien que loin d’être frais, c’est avec joie que nous avons salué le jour et sommes vite partis nous réfugier dans l’ersatz de port de plaisance en cours de construction.
Sitôt amarrés, une petite voiture verte arrive et en descend un homme d’un âge respectable. Vu qu’il ne semblait y avoir que des habitués dans ce lieu et que nous étions sur le même quai qu’un Tug Boat, pour moi c’était clair qu’il venait nous demander de partir. Dans ces moments là, nous avons pour technique de prendre les devants. Nous lui expliquons donc que nous ne restons là que le temps de nous organiser (informations, formalités, changement de monnaie,…) et de prendre un solide petit déjeuner, bien mérité après nos dernières « aventures ». Sa réponse nous surprend « I bring you to » (je vous emmène). Est ce la fatigue, la surprise, ma maladresse ? Toujours est il qu’en débarquant du bateau, je me rate et fini dans l’eau du port.
Serviette, vêtements secs et nous voici dans la voiture de notre « sauveur » qui traverse la ville et, à notre grande surprise, nous emmène chez lui. Là, il met sa salle de bain à notre disposition, nous demande de surveiller la cuisson des œufs pendant qu’il disparaît nous laissant la maison, les chiens, le portefeuille, … A son retour, il étale sur la table du pain frais et des spécialités locales dont je me régale.
Une fois à bord, nous apprenons que Joseph Makea (Arataki Ikaia Joseph Makea Vakatini Araki pour être précis) est le Roi des îles Cook.
Contrairement aux Chefs Traditionnels africains avec lesquels j’ai passé des heures et des heures dans les « cases à palabre » à … palabrer, « Papa Joe » comme on le surnomme affectueusement ici, ne se prend pas pour Dieu et ne s’approprie aucun pouvoir mystique. Il est même profondément chrétien, ayant offert le terrain et une partie des fonds nécessaires à la construction de la plus belle église de l’île.
L’état prend à sa charge ses frais courants et lui accorde certains privilèges dont celui de distribuer ou pas les licences de vente d’alcool. Ce qui, dans un pays (comme bien d’autres) où ce commerce est des plus lucratifs, en fait un homme très courtisé par la plupart et « détesté » par quelques personnes. Par exemple, ses convictions l’ont amenées à interdire la vente de spiritueux sur un mini golf fréquenté en grande partie par des enfants et des jeunes. C’est tout à son honneur.
Papa Joe m’a fait penser à ma mère : une « tête qui cherche à rendre service ». Maman n’avait pas fini de dire « vous en reprendrez bien un peu » que votre assiette était déjà pleine. Papa Joe a déjà embrayé la 1ère qu’il vous demande si vous voulez qu’il vous dépose quelque part.
A la longue, c’est peut-être un peu lourd, surtout dans une petite île. Mais sur 3 jours, comme ce fut notre cas, c’est tout à fait supportable, adorable et … bien pratique.

Difficile de parler objectivement de Rarotonga - Cook. Je quitte une Polynésie où j’ai laissé une partie de moi, de mon âme et de mon cœur.

Ma première impression a été la même que quand, habitant à St Malo, j’allais faire un tour à Jersey, une île britannique juste devant la Bretagne et la Normandie. So British.
Déjà, ils roulent à gauche !!! J’ai commencé mon séjour sur place par manquer de me faire renverser en traversant la route. Ensuite, c’est très propre avec des poubelles de partout. Il faut que Raiatea et autres viennent prendre des leçons. Les gens ont le « look » polynésien et la langue maternelle est très proche de celle entendue dans les rues de Papeete ou d’Atuona. Ils parlent un anglais avec un fort accent, sont polis, gentils, … Leur monnaie est la même qu’en Nouvelle Zélande, pays dont ils se sentent très proches. Ils ont le même passeport, les mêmes produits dans les boutiques et ont généralement au moins un membre de leur famille qui y est installé.
Le pays est « safety », le seul travail de la police, très présente, semblant être d’inviter certains, le soir, à ne pas boire le verre de trop.
Nous n’avons vu que l’île principale. En fait, il y a peu d’îles, 3 ou 4 sont « navigables » et elles sont toutes assez éloignées les unes des autres (entre 130 et 250 Milles Marins). Il y aurait quelques îles avec lagon dont Aïtoutaki, mais qui, selon ce que j’en ai vu en images, n’aurait pas grand chose à voir avec des îles comme Rangiroa ou Bora Bora.
La montagne semble très jolie. On dirait un peu Moorea. Elle est parcourue par un sentier pédestre que nous n’avons pas essayé, en raison de la météo et du temps que nous comptions rester sur place.

Ici, pas grand chose est organisé pour les yachts tels que Félix. Le système local consiste, entre les diverses taxes, à prendre un maximum d’argent en un minimum de temps au plaisancier. Par exemple, il en coûte l’équivalent d’environ 20 € par personne pour entrer et 30 € pour sortir du pays. Il n’y a pas de chantier naval, pas de boutique spécialisée, pas de station service « bateaux »…
Il y a peu de place à quai, mais elles ont l’eau et le 220V. Sinon, c’est mouillage dans le port au milieu des cargos et pêcheurs.

Une petite plaisanterie avant de refermer ce chapitre écrit alors que nous nous dirigeons vers les Tonga : il devrait bientôt y avoir une « place Jacques Chirac » devant le port d’Avatiu. En effet, c’est là qu’était basé le mouvement de protestation contre la reprise des essais nucléaires français à Mururoa en 1995. La flotte de Greenpeace et de ses amis, la presse, les curieux, … Tout ce monde remplissait les restaurants et les boutiques de souvenirs, venait et repartait en avion, téléphonait beaucoup,… Certain auraient fait fortune grâce à cel

mercredi 24 mars 2010

3500 €




Il y a des hommes HEU – REUX de leur sort. J’en suis un d’ailleurs. Mais le Bonheur de certains amène à se poser des questions qui vont au delà du simple constat de base.

Nous avons rencontré, appelons le ainsi, « Marco » sur un atoll des îles Tuamotu. Il a environ 35 ans, marié deux enfants. Il a fait ses « études » à Papeete et un peu en France. Il exerce le métier de « pompier – contrôleur d’aéronautique ».

Après avoir travaillé à Tahiti, il est revenu, il y a quelques années, sur son île natale.

Il y a un avion par jour qui se pose et repart environ 20 à 30 minutes plus tard, toujours de jour, sur le petit aéroport. Le dimanche, affluence, il y a en a deux !!!

Le travail de Marco, qui est de repos tous les samedis et tous les dimanches, consiste à arriver à l’aéroport environ trente minutes avant l’avion. Il vérifie que le groupe électrogène fonctionne bien, contacte Tahiti pour avoir une idée de l’heure exacte de l’arrivée de l’avion, enfile une tenue de pompier et attend. Quand l’avion se présente, il lui indique la piste en service, le vent et la pression atmosphérique. Trente minutes plus tard, il refait la même chose pour le décollage et rentre chez lui, généralement moins d’une heure après en être parti.

Le reste du temps … Il est libre. Il gagne, pour ce travail, 3500 € mensuels nets plus tous les avantages liés au fait d’appartenir à l’Aviation Civile.  Heureux homme dont nous avons eu la joie d’apprécier à sa juste valeur le dévouement, l’hospitalité et la gentillesse. Son poisson cru au lait de coco est certainement l’un des meilleurs que je n’ai jamais mangé (avec celui d’Evelyne et de Harris) de tout mon séjour en Polynésie.

Je ne suis pas du genre envieux des autres, et suis heureux que ce soit quelqu’un de « bien » qui profite d’une telle situation. Mais cela m’amène à me poser des questions et ce d’autant plus que ce cas n’est que la toute petite partie visible d’un iceberg que l’on devine et sait gigantesque.
Pendant tout mon séjour à Tahiti, j’ai lu, quasiment tous les jours, les journaux locaux, soit sous leur forme « papier », soit sur Internet. Quasiment tous les jours, on y a parlé de déficits. Déficit des compagnies aériennes, de la sécurité sociale, de l’Aviation Civile, de la Poste, … A chaque fois, les pistes pour trouver de l’argent frais ont été évoquées. Comme en France ? Oui, comme en France. En France, l’argent frais, on le cherche « en France » : le contribuable d’une manière ou d’une autre. En Polynésie, on cherche cet argent frais AUSSI … « en France ». Chez le contribuable français. Y compris celui qui ne connaitra la Polynésie qu’au travers les médias, aussi performants soient ils.

C’est ici que se situe la finalité de mon propos. Voici une caricature qui n’est pas loin de la vérité.
Vu la situation économique locale en Polynésie, le voyage en avion, qui permet à un riche retraité américain de se rendre de Moorea à Bora Bora, est AUSSI financé en partie par la TVA que paye, en achetant le livre « Splendeur de la Polynésie », l’étudiant de Lille grâce à l’heure supplémentaire qu’il a faite chez Mac Do.

Est ce juste ? Il ne m’appartient pas de le dire. Mais les questions individuelles, c’est comme le bulletin de vote dans l’urne : cumulées, au bout du compte, elles apportent des réponses, des choix et des solutions.

Charles Château

mardi 16 mars 2010

La Femme est l’Avenir …



  
Samedi soir, après avoir appris la mort de Jean Ferrat, je me suis retrouvé face à Teura, blanchisseuse de son état à Rangiroa – Polynésie. Pendant qu’elle nous contait son quotidien, j’avais en tête la chanson de l’auteur de Potemkine quand il chante : « La femme est l’Avenir de l’Homme ». D’où ces quelques lignes.


Teura a une quarantaine d’année et vit sur le plus grand atoll de la Polynésie Française : Rangiroa. Elle y est né et a tout naturellement épousé un Tané (Homme en Polynésien) de la même île. Elle a trois enfants dont elle s’occupe ainsi que de la maison et de la blanchisserie familiale.
Quand lui revient de la pêche, il va voir les copains et boire de la Hinano, la bière locale, lui laissant le poisson à préparer et à vendre.
Teura, n’est pas un cas isolé. Depuis notre départ du Cap d’Agde le 23 septembre 2008, nous avons rencontré nombre de femme qui, comme elle, font vivre leur foyer. Que ce soit dans les Antilles, aux USA ou en Amérique Centrale, … les femmes font tourner le monde.

Pendant 5 ans au Cameroun puis ensuite en France, j’ai créé et dirigé l’Organisation de Soutien aux Enfants de la Rue. Basés à Douala, nous avons « engendré » et appuyé d’autres programmes en Afrique francophone. A chaque fois que possible, nous ramenions l’enfant en proie à la délinquance juvénile en famille. Nous avons connu 100% d’échec (retour dans la rue) quand notre contact n’était pas une femme.
Pour réintégrer les enfants dans leurs familles ou pour enquêter à leur sujet, j’ai parcouru nombre de pays du Continent Noir : Mauritanie, Mali, Sénégal, Cameroun, Tchad, Centrafrique, Togo, … Partout ce sont les femmes qui font vivre les villages, s’occupent de l’Agriculture, élèvent les enfants …

J’ai fait partie des premiers à retourner en Algérie pour, via la vente de solutions informatiques, les aider aussi à défier le FIS (Front Islamique du Salut). J’ai aimé passionnément ce pays et surtout ses habitants et admiré leur courage face au drame. Je me souviens d’une jeune collaboratrice qui m’a raconté qu’un soir, un de ses frères, qui fréquentait les intégristes, l’a battue en raisin de la longueur de sa jupe. Le lendemain elle s’est aussi fait battre mais pour une bonne raison : pendant la nuit, elle l’avait raccourcie de 1cm. Elle a finalement obtenu gain de cause et si, ce soir-là, elle portait une longue robe flamboyante, c’était pour savourer sa Liberté.
Partout où nous sommes passés avec Félix, nous avons vu des clochards. Très rarement des femmes. Quelques unes à New York ou Baltimore, mais c’est tout.
Lors de l’hiver 1999 - 2000, je faisais la « nuit du samedi » avec le SAMU Social de Paris. Notre travail consistait à emmener les SDF dans des foyers, leur apporter assistance, les aider, voire les soigner. Je ne suis pas la SOFRES, mais mon expérience me fait penser que les femmes représentaient moins de 10% des cas traités.

Cela veut il dire que la femme s’en sort mieux dans la vie que l’homme et ce malgré les discriminations qu’elle subit depuis Adam et Eve ? Ce n’est pas un débat dans lequel je souhaite ici me lancer.

Il n’y a rien de plus beau, de plus bon, de plus important à mes yeux que le regard, la tendresse, les mots et les attentions de la femme qui m’aime. Elle ne représente en aucun cas un challenge, mais LA motivation par excellence.
La vie, MA vie, c’est parfois dur, TRES dur. C’est cette promesse au fond de soi que le ménage à trois (l’Aventure – LA Compagne – moi) succèdera aux épreuves qui donne la force de ne pas renoncer. C’est cette Foi en un demain « mieux que les rêves » qui montre le chemin qui conduit à chercher le meilleur de soi et donc la part de divinité qui se trouve en chacun d’entre nous.

La Femme est elle l’Avenir de l’Homme ? LA femme est MON Avenir, j’en suis certain. … Ne serait-ce parce qu’en bon marin, je considère le bateau comme du genre féminin …


Charles Château

Le poète ...


Le poète a toujours raison
Il voit plus loin que l’Horizon …
Et le futur est son Royaume …

Serions nous poètes, mon ami d’adolescence Philippe, et moi ?
A 16 ans, nous avons écrit un quatrain qui a orienté ma vie :
Un beau jour toi et moi
Nous quitterons Paris
Et son éternel brouhaha
Pour cette île qu’est Tahiti.

Nous habitions en fait à Annecy, mais A - NNE - CY, cela fait trois pieds alors que PA - RIS, cela n’en fait que deux. Heureusement que nous n’habitions pas Vesoul. Je ne serais pas en train d’écrire sur un catamaran dans l’archipel des Tuamotus, … mais depuis KABOUL !!!

Je ne suis pas certain d’avoir toujours raison et ce d’autant plus que je préfère « gagner que d’avoir raison ». Par contre, j’essaye de voir toujours plus loin que l’horizon, d’anticiper et de me projeter dans l’Avenir.
Déjà, je suis le fils d’un Radio Personnel du Maréchal de Lattre de Tassigny dont la devise était « ne pas subir ». J’essaye d’avoir toujours un coup d’avance et j’avoue que, dans mon métier, cela m’a souvent permis de rester vivant.
Ensuite, j’aime bien me lancer de nouveaux défis. Ce « défaut » que je porte depuis l’enfance, nous a « pourri » la vie à mon entourage et à moi-même. J’ai longtemps été un éternel insatisfait qui ne prenait pas le temps de savourer l’instant présent. Certainement parce que je faisais une course contre la mort suite au vide de celle de mon père quand j’avais 11 ans. Son départ a laissé ma famille dans une sorte de sentiment d’inaccompli. Je me souviens très bien de mon beau frère, Charles, me déposant, dans mon bel uniforme, à la gare en regrettant que papa ne soit plus là pour le faire … Charles a été plus qu’un père pour moi …
Aujourd’hui, je suis apaisé parce que peut être réalisé. Cela n’empêche pas mon cœur de battre quand je regarde une Mape Monde et que je vois cette pointe, au Sud de l’Amérique du Sud, qui me fait un « tu viens Chéri » plus convainquant que celui des Dames de la Rue St Denis …
Si le Cap Horn commence à remplir mon Disque Dur comme les silhouettes de voiliers ornaient les marges de mes cahiers de classe, je profite pleinement de chaque seconde dans ce qui est « le plus bel endroit géographique du monde que j’ai déjà visité ». Et je précise bien « du monde géographique », car le plus bel endroit du monde, en terme d’absolu, pour moi, c’est auprès de l’Etre aimé.

Alors, le futur est il mon royaume ?
Mozart, Henri Ford, Gustave Eiffel, les Frères Wright, … ces hommes avec lesquels je partage des valeurs essentielles ont fait, en leur temps, une part de notre quotidien.
Il me semble que les Hommes dignes se doivent d’apporter leur contribution, aussi modeste soit elle, et de transformer des utopies actuelles en réalités de demain.
Mais rien ne sert d’inventer l’avion ou le paratonnerre pour être quelqu’un de bien. Tout faire pour regagner la confiance et la fraternité d’un « proche » qui ne veut plus « lire vos délires » est aussi une belle tâche à accomplir. Une main tendue fait grandir deux êtres : celui qui l’a tend et celui qui la saisie …
Mais méfions nous de se prendre trop au sérieux. Georges à la moustache et à la guitare (à moins que ce ne soit à la guitare moustachue ?) n’a t l pas chanté que « ce n’est pas demain, qu’on détrônera le Roi des Cons » ?


Jean Ferrat – Philippe, même combat – même cxxx. L’un qui chantait :
Pourtant que la Montagne est belle
Comment, peut on imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver

L’autre qui dirige une station de ski … En Montagne en plus …
N’importe quoi !!! Alors qu’en fait, chacun sait que :
Pourtant que la vie en Mer est belle
Comment, peut on imaginer
En la voyant épouser le Ciel
Que l’on puisse ne pas naviguer …

Je ne me moque que des gens que j’aime et admire. Alors, Merci messieurs Ferrat et Poettoz.


Charles Château

jeudi 4 mars 2010

Je t'Aime


Il y a des fois où je me demande ce que je fais là …

Que nul ne pense que c’est dans la tempête ou dans la douleur. Là, je sais ce que je fais : je me bats pour m’en sortir.
Je ne suis pas à ma place, quand je me vois supporter sans broncher l’injustice et la bêtise humaine.

Ce mercredi 3 mars 2010, en fin de journée, dans les rues de Papeete, je me suis fait insulter parce que j’avais indiqué une mauvaise direction pour un arrêt de bus qui sautait tant aux yeux que Ray Charles ne l’aurait pas raté …
Ce qui m’a surpris, c’est que je ne me suis pas mis en colère, je me suis juste enfermé dans mes pensées.
Il y a quelques temps de ça, quelqu’un que je reconnais pour un Frère m’a jugé et condamné sans prendre le temps de venir m’écouter.
Là, j’ai eu mal, TRES mal.
Dans ces moments-là, je suis dur avec moi-même et les pires pensées me traversent l’Esprit. A chaque fois, je suis aussi à l’aise que si je trompais ma femme avec la voisine. Je me sens tout penaud, comme un chien qui ne comprend pas pourquoi il se fait battre. Je débranche mon cerveau, j’accumule les erreurs, je deviens Caliméro.

Pourtant, s’il savaient (et certains / certaines le savent) ce que je vaux …

Alors ce soir, j’ai eu envie de te faire cette Lettre d’Amour à toi qui me connaît à ma juste valeur. Toi que j’aime depuis toujours, toi qui me fais me sentir homme, toi qui me fais parler à Dieu pour lui dire ma colère, ma révolte ou ma reconnaissance …

Que tu es belle femme de ma vie. Tu as en toi le sang des celtes et celui des enfants du désert. Tu es fille de légionnaire et du docteur Schweitzer. Tu es forte et tu as besoin de moi comme moi, j’ai besoin de toi. Tu as su te faire désirer en me faisant patienter dans un costume - cravate.
Je l’avoue, je t’ai trompé quelques temps au fond d’une voiture et d’une nuit toutes deux étoilées. Tu aurais put me le faire payer en me donnant de grandes responsabilités et en m’enfermant dans une panoplie de « gendre parfait ». Tu as choisi de me redonner confiance en moi. Il a suffit d’une péniche pour que je me retrouve. «Château passe » était ma devise. Et je passais. Du pont de Pontailler aux glaces de Digoin, j’ai toujours fait face et livré ma marchandise.

Je te demande pardon Aurore. Je t’Aime comme si j’avais accompagné tes premiers pas et je suis prêt à traverser la terre pour m’expliquer avec l’homme qui oserait nuire à cette merveilleuse rousse avec qui j’ai « symbiosé » pour te créer. Mais je me sens plus le père de Aïvon, « Cerveau », Antoine ou Samuel …
SA MU EL … Toi que je prenais pour un chien mourant dans ce caniveau de Douala. En t’accrochant à la vie, tu as donné un sens à la mienne. Et que j’aurais aimé te sauver, toi, petite Leïla dont le pouls s’est arrêté de battre sous mon majeur ce 24 décembre 1992 à Kiffa en Mauritanie. Je porte depuis ton deuil.

Oui Femme de ma vie, tu m’en as fait connaître des émotions. J’entendrai toute ma vie le son des balles et ma hanche porte à jamais la cicatrice de celle de Timisoara le 25 décembre 1989. Décidemment, les périodes de Noël me sont toujours intenses. La dernière en date : l’arrivée à Hiva Oa après 26 jours de traversée d’un Pacifique pas toujours facile …
Le geste de celui qui défait une amarre, même symbolique, est le même. Qu’il se nomme Tabarly, Mermoz, Kersauzon ou Château, … Il sait qu’il ne sait pas … ce qu’il fait. Et c’est ce pas vers l’inconnu qui fait battre son cœur.
Le 4 octobre 2008, je dors épuisé par l’atterrissage sur Gibraltar, le passage du fameux détroit et le gymkhana entre les cargos. Mon équipière me sort de mes rêves. Je ne vois pas ce qu’il se passe dehors, mais au bruit, je sais une chose : il va falloir être bon, faire face.
Merci de m’avoir redonné le sens des valeurs. J’ai vécu avec 1 US $ par jour alors que je gagnais très bien ma vie. C’était le prix à payer pour que dix pirogues aident des enfants sortant de prison à passer du stade de pêcheurs au sens biblique du terme à celui de pêcheurs au sens maritime du terme.
Je n’oublierai jamais nos étreintes pendant cette semaine de décembre 2009, sans soleil, sans sommeil, sans rien de doux. Quand naviguer devient bestial. Et quelle jouissance quand par 0º de latitude, nous sommes passés « la tête en bas ».
J’ai aimé (et j’aime toujours), les voyages de l’Esprit quand, au côté de ma famille spirituelle, je cherche modestement au travers de symboles, les réponses aux questions que je ne me serais jamais posées sans cela.
C’est pour te remercier de ces moments merveilleux que je te fais cette lettre, TOI, la plus belle à mes yeux. Une encyclopédie ne suffirait certainement pas pour tout raconter. Et je n’ai pas fini de croquer les fruits du Bonheur.
Merci Madame Aventure de m’avoir fait ce que je suis. J’aime. Si tu pouvais, maintenant que je suis prêt pour, permettre que nous fassions ménage à trois …
Qu’une femme m’accepte tel que je suis. Avec mes dents écartées, mes cheveux à la Zidane, mes blagues vaseuses et mon côté soupe au lait (liste non exhaustive). Je me sens capable, avec vous deux, de conjuguer le mot Bonheur au temps de l’intensité Eternelle.

Charles Château

mardi 2 mars 2010

Coast Guards



C’est l’histoire d’une déception. Les fameux Coast Guards se sont révélés vivre sur leur réputation.


Quand je suis arrivé à la Base Aéronavale de St Mandrier, début aout 1980 (j’avais 18 ans), le Pacha m’a dit « ici, on fait aussi du sauvetage, cela devrait vous plaire… ».

J’aime tant la mer que je trouve qu’il est peu de chose plus noble que celle de donner du temps, voire de risquer sa vie, pour aller aider des marins.

J’ai, depuis toujours, étudié tout ce qui pouvait l’être sur les accidents, avaries et autres fortunes de mer et suivi les politiques de secours maritime menées par les grandes nations. Au vu de leur équipement, j’ai toujours considéré les United States Coast Guards comme étant l’Elite de l’Elite.

Quand j’étais de quart à la Tour ou au PC Opérations de la BAN, il nous est souvent arrivé de se sentir un peu coupables. Malgré tous nos efforts, nous ne pouvions pas mettre en œuvre autant de moyens que nous aurions aimé le faire. Recevant nombre de revues et notes relatives à la Marine Américaine, nous étions régulièrement envieux de nos « confrères ». A titre indicatif, les premiers sauvetages en mer, faits par des hélicoptères Dauphins (construits à côté de Marseille), l’ont été  par les Coast Guards AVANT la livraison des premiers exemplaires à la Marine Nationale.

Je suis bien entendu membre de la Société Nationale de Sauvetage en Mer et j’apprécie tout particulièrement le contact avec ces hommes qui sont généralement des marins d’exception.

Suite à une avarie de moteurs à bord de Félix le 20 avril 2008, j’ai eu l’occasion de vivre un sauvetage, mais du « mauvais côté », celui qui consiste à barrer un catamaran derrière une vedette SNSM en espérant que le patron connaît bien les passes du Grau d’Agde. Je pense donc savoir de quoi je parle.

Remontant l’Arc Antillais, de la Grenade à St Martin, nous avons été « chaperonnés » par le Centre Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Antilles Guyanes et avons eu tout le loisir de vivre leur professionnalisme.
A partir des British Virgin Islands, nous sommes entrés dans la Zone de Couvertures des US Coast Guards. Et là … Mieux vaut avoir un bon bateau et savoir s’en servir.

Cela commence par la radio. Partout où je suis passé dans le monde, j’ai toujours trouvé, « au bout de la VHF », un interlocuteur qui parlait une autre langue que sa langue maternel. Pas aux USA où, non seulement on ne parle qu’anglais, mais en plus sans se donner la peine d’adapter son vocabulaire ou sa prononciation aux capacités linguistiques de celui qui appelle.
Le principe de Sauvegarde de la Vie Humaine est sacré en mer. Il passe avant toute autre considération. Par exemple, la gendarmerie maritime ou nautique va commencer par vous sauver la vie avant de vous verbaliser. Pas aux Etats Unis. Voici des exemples.
Le 7 mars 2009, vers midi, nous sortons d’Ocean City aux USA dans un brouillard très dense. La visibilité est inférieure à un Nautique. Vu que nous sommes sur l’axe de navigation commerciale qui relie Panama à New York, nous sommes TRES attentifs. Toute l’électronique est allumée, nous scrutons Radar, GPS, AIS, écoutons la Radio, ... Je contacte sur le 16 les Coast Guards et leur demande un canal de dégagement pour avoir diverses informations telles que la météo. Ils me disent, dans un anglais à la « John Wayne quand il est enrhumé » de dégager un le canal 22B. Je leur explique que mon bateau, européen, a une VHF dépourvue de ce canal et leur en propose un autre. Malgré mes diverses tentatives, ils ne font que me renvoyer sur le 22B. Mon équipière, ayant été élevée dans un pays anglophone, maîtrise mieux que moi la langue des Beatles. Elle prend donc le micro, mais au bout de 20 minutes, nous renonçons. Par manque d’ouverture d’esprit, les Coast Guards venaient de participer à notre mise en danger. Ce ne sera pas la dernière fois.
Quelques jours plus tard, encore dans le brouillard, nous entrons dans Atlantic City. Tout se passe bien, nous suivons la passe au GPS, au Radar et au Compas. Une vedette USCG nous rattrape et nous ordonne de les suivre, ne comprenant pas comment nous pouvons rentrer « safety » sans leur aide. « Règle un du psychiatre : ne jamais contrarier le malade ». Donc nous les suivons. Mon instinct me dit de me méfier. Je garde donc mes distances. Je fais bien. Au bout de dix minutes, je vois, sur le Radar, la vedette censée nous guider corriger de manière significative son cap qui la menait sur des rochers.
Le 20 juin 2009, en fin de matinée, nous sortons du Canal de Cap May pour remonter la Baie du Delaware. Il y a des travaux de dragage et tout le monde fait attention : Car-Ferries, Tug Boats, plaisanciers, … Un seul bateau nous frôle à grande vitesse nous obligeant à nous approcher très près d’un banc de sable avant de réussir, par miracle, à ne pas monter sur la barge porteuse de la grue. Qui c’est ? … Les Cosat Guards, of course …
A Chincoteague, il y a un lac qui donne directement sur Ocean City et nous décidons de le prendre. Au bout de 10 heures de navigation pas évidente il y a un pont qui fait, confirmé trois fois par les Coast Guards, au moins 30 mètres (17 nous suffisent pour passer en toute sécurité).
Vers minuit, je m’approche doucement : il manque 4 mètres. Demi tour et route inverse.

Autrefois, les Coast Guards, c’était le Top of the Top. Mais depuis Clinton, l’administration américaine a décidé de faire une expérience ; on transforme des jeunes en situation difficile en « bons américains » en les faisant passer par la case Coast Guards. Uniforme, salaire, hymne américain, I Phone, prix spéciaux sur le Big Mac et respect dans le métro … La panoplie est complète. Bien entendu, une part de ces jeunes, venant de l’Amérique profonde, ignorait avant son arrivée que l’eau de mer était salée …
Grosso modo, de Miami à New York, il y a un réseau de canaux appelé l’Intra Coastal Waterway. La navigation y est aussi tranquille que sur le Canal St Martin à Paris. Pourtant, avec la complicité des US Coast Guards, 700 personnes y meurent chaque année. Deux par jours, même les jours fériés (surtout les jours fériés !). Ben Laden doit se marrer …

L’Amérique est un Grand Pays. Les Coast Guards bénéficient de « tout ce qu’il faut et même plus », que ce soit en moyens humains, logistiques, maritimes ou aérien. Il leur faut juste de retrouver le sens marin.
Pourquoi ne viendraient il pas le chercher chez nous à la SNSM ou dans nos CROSS ? Souhaitons le, la vie en mer est trop belle pour l’écourter.

samedi 27 février 2010

Tsunami

3h45, ce samedi 27 février. Je dors comme un bébé dans la cabine de Félix tranquillement au mouillage à Punaauia, au sud est de Papeete – Tahiti – Polynésie Française.

On frappe à mon hublot : c’est Michel, le voisin, qui vient me prévenir d’une alerte Tsunami.

J'allume les radios (VHF et FM), ouvre le net : c'est sérieux. Nous attendons une vague de plusieurs mètres pour 7h45 suite à un séisme de magnitude 8 à 80 Km au large du Chili.

RFO, comme lors du cyclone Oli est TRES professionnelle nous donnant toutes les informations nécessaires.

Nous devrions être touchés vers 7h45 – 8h00 par une série de vagues de 2 m de haut.

Je prends donc les mesures de protection : amarres doublées et mollies, vérification de l’étanchéité du bateau, test des moteurs. Je prépare mon gilet de sauvetage et le harnais, me fais un thermos et me prépare un méga petit déjeuner.

Comme lors du cyclone, la solidarité entre nous est belle à voir. Les dinghies passent d’un bateau à l’autre, on se parle sur la radio, on se fait un petit geste amical d’un bateau à l’autre.

J’aime cette ambiance. C’est CECI que je suis venu chercher ici. Pas cette ambiance frime des pseudos marins de certains ports de Méditerranée, par exemple, qui n’interrompent pas leur apéritif pour prendre une amarre à un bateau qui arrive.

Il est maintenant 6h20. Je suis prêt.

… à suivre.

07h30 : la vague est en train d’arriver aux Marquises à Hiva Oa, mon « cadeau de Noël (voir le récit à ce sujet). Déjà qu’en temps « normal », le mouillage d’Atuona demande deux ancres et beaucoup de vigilance …
Ici, il y a un grand monocoque (Lady K.) et un grand catamaran qui en voulant quitter le quai se sont mis en vrac. Aux jumelles, je vois des gens dans l’eau. Certainement un bout’ dans une hélice. Moralité : sur un catamaran, faut toujours faire attention à ce qui porte le nom de K. …

08h15 : ça arrive ici. 40cm de marnage pour le moment dans le Port de Papeete. A Atuona – Hiva Oa – Marquises, ils en sont à la quatrième montée. Grosse houle qui grossit … Brrrr. Ici, cool, mais vigilance. 

8h30 : nombre de bateaux sont sortis se mettre à l’abri au large. Le tsunami est en train d’arriver. Un voisin, sur un cata de 35’ avec femme et enfant en bas âge vient de larguer les amarres pour sortir. Je pense qu’il fait une erreur. La vague peut arriver maintenant rapidement et il y a déjà des « trucs » bizarres qui flottent. Le risque de se retrouver avec une vague ou une baisse des eaux au moment où il sera dans la passe n’est pas négligeable. Sans parler de celui de se prendre un bout’ ou autre dans une hélice …


10h30, les bateaux rentrent, il ya de plus en plus de musique sur RFO, l’alerte Tsunami semble passée.
Nous aurons eu une variation de 30 à 50 cm, ici sur la côte Ouest.

Pas de quoi fouetter un chat ou d’effrayer un Cat, qu’il soit Félix ou Chat – teau …