mercredi 24 mars 2010

3500 €




Il y a des hommes HEU – REUX de leur sort. J’en suis un d’ailleurs. Mais le Bonheur de certains amène à se poser des questions qui vont au delà du simple constat de base.

Nous avons rencontré, appelons le ainsi, « Marco » sur un atoll des îles Tuamotu. Il a environ 35 ans, marié deux enfants. Il a fait ses « études » à Papeete et un peu en France. Il exerce le métier de « pompier – contrôleur d’aéronautique ».

Après avoir travaillé à Tahiti, il est revenu, il y a quelques années, sur son île natale.

Il y a un avion par jour qui se pose et repart environ 20 à 30 minutes plus tard, toujours de jour, sur le petit aéroport. Le dimanche, affluence, il y a en a deux !!!

Le travail de Marco, qui est de repos tous les samedis et tous les dimanches, consiste à arriver à l’aéroport environ trente minutes avant l’avion. Il vérifie que le groupe électrogène fonctionne bien, contacte Tahiti pour avoir une idée de l’heure exacte de l’arrivée de l’avion, enfile une tenue de pompier et attend. Quand l’avion se présente, il lui indique la piste en service, le vent et la pression atmosphérique. Trente minutes plus tard, il refait la même chose pour le décollage et rentre chez lui, généralement moins d’une heure après en être parti.

Le reste du temps … Il est libre. Il gagne, pour ce travail, 3500 € mensuels nets plus tous les avantages liés au fait d’appartenir à l’Aviation Civile.  Heureux homme dont nous avons eu la joie d’apprécier à sa juste valeur le dévouement, l’hospitalité et la gentillesse. Son poisson cru au lait de coco est certainement l’un des meilleurs que je n’ai jamais mangé (avec celui d’Evelyne et de Harris) de tout mon séjour en Polynésie.

Je ne suis pas du genre envieux des autres, et suis heureux que ce soit quelqu’un de « bien » qui profite d’une telle situation. Mais cela m’amène à me poser des questions et ce d’autant plus que ce cas n’est que la toute petite partie visible d’un iceberg que l’on devine et sait gigantesque.
Pendant tout mon séjour à Tahiti, j’ai lu, quasiment tous les jours, les journaux locaux, soit sous leur forme « papier », soit sur Internet. Quasiment tous les jours, on y a parlé de déficits. Déficit des compagnies aériennes, de la sécurité sociale, de l’Aviation Civile, de la Poste, … A chaque fois, les pistes pour trouver de l’argent frais ont été évoquées. Comme en France ? Oui, comme en France. En France, l’argent frais, on le cherche « en France » : le contribuable d’une manière ou d’une autre. En Polynésie, on cherche cet argent frais AUSSI … « en France ». Chez le contribuable français. Y compris celui qui ne connaitra la Polynésie qu’au travers les médias, aussi performants soient ils.

C’est ici que se situe la finalité de mon propos. Voici une caricature qui n’est pas loin de la vérité.
Vu la situation économique locale en Polynésie, le voyage en avion, qui permet à un riche retraité américain de se rendre de Moorea à Bora Bora, est AUSSI financé en partie par la TVA que paye, en achetant le livre « Splendeur de la Polynésie », l’étudiant de Lille grâce à l’heure supplémentaire qu’il a faite chez Mac Do.

Est ce juste ? Il ne m’appartient pas de le dire. Mais les questions individuelles, c’est comme le bulletin de vote dans l’urne : cumulées, au bout du compte, elles apportent des réponses, des choix et des solutions.

Charles Château

mardi 16 mars 2010

La Femme est l’Avenir …



  
Samedi soir, après avoir appris la mort de Jean Ferrat, je me suis retrouvé face à Teura, blanchisseuse de son état à Rangiroa – Polynésie. Pendant qu’elle nous contait son quotidien, j’avais en tête la chanson de l’auteur de Potemkine quand il chante : « La femme est l’Avenir de l’Homme ». D’où ces quelques lignes.


Teura a une quarantaine d’année et vit sur le plus grand atoll de la Polynésie Française : Rangiroa. Elle y est né et a tout naturellement épousé un Tané (Homme en Polynésien) de la même île. Elle a trois enfants dont elle s’occupe ainsi que de la maison et de la blanchisserie familiale.
Quand lui revient de la pêche, il va voir les copains et boire de la Hinano, la bière locale, lui laissant le poisson à préparer et à vendre.
Teura, n’est pas un cas isolé. Depuis notre départ du Cap d’Agde le 23 septembre 2008, nous avons rencontré nombre de femme qui, comme elle, font vivre leur foyer. Que ce soit dans les Antilles, aux USA ou en Amérique Centrale, … les femmes font tourner le monde.

Pendant 5 ans au Cameroun puis ensuite en France, j’ai créé et dirigé l’Organisation de Soutien aux Enfants de la Rue. Basés à Douala, nous avons « engendré » et appuyé d’autres programmes en Afrique francophone. A chaque fois que possible, nous ramenions l’enfant en proie à la délinquance juvénile en famille. Nous avons connu 100% d’échec (retour dans la rue) quand notre contact n’était pas une femme.
Pour réintégrer les enfants dans leurs familles ou pour enquêter à leur sujet, j’ai parcouru nombre de pays du Continent Noir : Mauritanie, Mali, Sénégal, Cameroun, Tchad, Centrafrique, Togo, … Partout ce sont les femmes qui font vivre les villages, s’occupent de l’Agriculture, élèvent les enfants …

J’ai fait partie des premiers à retourner en Algérie pour, via la vente de solutions informatiques, les aider aussi à défier le FIS (Front Islamique du Salut). J’ai aimé passionnément ce pays et surtout ses habitants et admiré leur courage face au drame. Je me souviens d’une jeune collaboratrice qui m’a raconté qu’un soir, un de ses frères, qui fréquentait les intégristes, l’a battue en raisin de la longueur de sa jupe. Le lendemain elle s’est aussi fait battre mais pour une bonne raison : pendant la nuit, elle l’avait raccourcie de 1cm. Elle a finalement obtenu gain de cause et si, ce soir-là, elle portait une longue robe flamboyante, c’était pour savourer sa Liberté.
Partout où nous sommes passés avec Félix, nous avons vu des clochards. Très rarement des femmes. Quelques unes à New York ou Baltimore, mais c’est tout.
Lors de l’hiver 1999 - 2000, je faisais la « nuit du samedi » avec le SAMU Social de Paris. Notre travail consistait à emmener les SDF dans des foyers, leur apporter assistance, les aider, voire les soigner. Je ne suis pas la SOFRES, mais mon expérience me fait penser que les femmes représentaient moins de 10% des cas traités.

Cela veut il dire que la femme s’en sort mieux dans la vie que l’homme et ce malgré les discriminations qu’elle subit depuis Adam et Eve ? Ce n’est pas un débat dans lequel je souhaite ici me lancer.

Il n’y a rien de plus beau, de plus bon, de plus important à mes yeux que le regard, la tendresse, les mots et les attentions de la femme qui m’aime. Elle ne représente en aucun cas un challenge, mais LA motivation par excellence.
La vie, MA vie, c’est parfois dur, TRES dur. C’est cette promesse au fond de soi que le ménage à trois (l’Aventure – LA Compagne – moi) succèdera aux épreuves qui donne la force de ne pas renoncer. C’est cette Foi en un demain « mieux que les rêves » qui montre le chemin qui conduit à chercher le meilleur de soi et donc la part de divinité qui se trouve en chacun d’entre nous.

La Femme est elle l’Avenir de l’Homme ? LA femme est MON Avenir, j’en suis certain. … Ne serait-ce parce qu’en bon marin, je considère le bateau comme du genre féminin …


Charles Château

Le poète ...


Le poète a toujours raison
Il voit plus loin que l’Horizon …
Et le futur est son Royaume …

Serions nous poètes, mon ami d’adolescence Philippe, et moi ?
A 16 ans, nous avons écrit un quatrain qui a orienté ma vie :
Un beau jour toi et moi
Nous quitterons Paris
Et son éternel brouhaha
Pour cette île qu’est Tahiti.

Nous habitions en fait à Annecy, mais A - NNE - CY, cela fait trois pieds alors que PA - RIS, cela n’en fait que deux. Heureusement que nous n’habitions pas Vesoul. Je ne serais pas en train d’écrire sur un catamaran dans l’archipel des Tuamotus, … mais depuis KABOUL !!!

Je ne suis pas certain d’avoir toujours raison et ce d’autant plus que je préfère « gagner que d’avoir raison ». Par contre, j’essaye de voir toujours plus loin que l’horizon, d’anticiper et de me projeter dans l’Avenir.
Déjà, je suis le fils d’un Radio Personnel du Maréchal de Lattre de Tassigny dont la devise était « ne pas subir ». J’essaye d’avoir toujours un coup d’avance et j’avoue que, dans mon métier, cela m’a souvent permis de rester vivant.
Ensuite, j’aime bien me lancer de nouveaux défis. Ce « défaut » que je porte depuis l’enfance, nous a « pourri » la vie à mon entourage et à moi-même. J’ai longtemps été un éternel insatisfait qui ne prenait pas le temps de savourer l’instant présent. Certainement parce que je faisais une course contre la mort suite au vide de celle de mon père quand j’avais 11 ans. Son départ a laissé ma famille dans une sorte de sentiment d’inaccompli. Je me souviens très bien de mon beau frère, Charles, me déposant, dans mon bel uniforme, à la gare en regrettant que papa ne soit plus là pour le faire … Charles a été plus qu’un père pour moi …
Aujourd’hui, je suis apaisé parce que peut être réalisé. Cela n’empêche pas mon cœur de battre quand je regarde une Mape Monde et que je vois cette pointe, au Sud de l’Amérique du Sud, qui me fait un « tu viens Chéri » plus convainquant que celui des Dames de la Rue St Denis …
Si le Cap Horn commence à remplir mon Disque Dur comme les silhouettes de voiliers ornaient les marges de mes cahiers de classe, je profite pleinement de chaque seconde dans ce qui est « le plus bel endroit géographique du monde que j’ai déjà visité ». Et je précise bien « du monde géographique », car le plus bel endroit du monde, en terme d’absolu, pour moi, c’est auprès de l’Etre aimé.

Alors, le futur est il mon royaume ?
Mozart, Henri Ford, Gustave Eiffel, les Frères Wright, … ces hommes avec lesquels je partage des valeurs essentielles ont fait, en leur temps, une part de notre quotidien.
Il me semble que les Hommes dignes se doivent d’apporter leur contribution, aussi modeste soit elle, et de transformer des utopies actuelles en réalités de demain.
Mais rien ne sert d’inventer l’avion ou le paratonnerre pour être quelqu’un de bien. Tout faire pour regagner la confiance et la fraternité d’un « proche » qui ne veut plus « lire vos délires » est aussi une belle tâche à accomplir. Une main tendue fait grandir deux êtres : celui qui l’a tend et celui qui la saisie …
Mais méfions nous de se prendre trop au sérieux. Georges à la moustache et à la guitare (à moins que ce ne soit à la guitare moustachue ?) n’a t l pas chanté que « ce n’est pas demain, qu’on détrônera le Roi des Cons » ?


Jean Ferrat – Philippe, même combat – même cxxx. L’un qui chantait :
Pourtant que la Montagne est belle
Comment, peut on imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver

L’autre qui dirige une station de ski … En Montagne en plus …
N’importe quoi !!! Alors qu’en fait, chacun sait que :
Pourtant que la vie en Mer est belle
Comment, peut on imaginer
En la voyant épouser le Ciel
Que l’on puisse ne pas naviguer …

Je ne me moque que des gens que j’aime et admire. Alors, Merci messieurs Ferrat et Poettoz.


Charles Château

jeudi 4 mars 2010

Je t'Aime


Il y a des fois où je me demande ce que je fais là …

Que nul ne pense que c’est dans la tempête ou dans la douleur. Là, je sais ce que je fais : je me bats pour m’en sortir.
Je ne suis pas à ma place, quand je me vois supporter sans broncher l’injustice et la bêtise humaine.

Ce mercredi 3 mars 2010, en fin de journée, dans les rues de Papeete, je me suis fait insulter parce que j’avais indiqué une mauvaise direction pour un arrêt de bus qui sautait tant aux yeux que Ray Charles ne l’aurait pas raté …
Ce qui m’a surpris, c’est que je ne me suis pas mis en colère, je me suis juste enfermé dans mes pensées.
Il y a quelques temps de ça, quelqu’un que je reconnais pour un Frère m’a jugé et condamné sans prendre le temps de venir m’écouter.
Là, j’ai eu mal, TRES mal.
Dans ces moments-là, je suis dur avec moi-même et les pires pensées me traversent l’Esprit. A chaque fois, je suis aussi à l’aise que si je trompais ma femme avec la voisine. Je me sens tout penaud, comme un chien qui ne comprend pas pourquoi il se fait battre. Je débranche mon cerveau, j’accumule les erreurs, je deviens Caliméro.

Pourtant, s’il savaient (et certains / certaines le savent) ce que je vaux …

Alors ce soir, j’ai eu envie de te faire cette Lettre d’Amour à toi qui me connaît à ma juste valeur. Toi que j’aime depuis toujours, toi qui me fais me sentir homme, toi qui me fais parler à Dieu pour lui dire ma colère, ma révolte ou ma reconnaissance …

Que tu es belle femme de ma vie. Tu as en toi le sang des celtes et celui des enfants du désert. Tu es fille de légionnaire et du docteur Schweitzer. Tu es forte et tu as besoin de moi comme moi, j’ai besoin de toi. Tu as su te faire désirer en me faisant patienter dans un costume - cravate.
Je l’avoue, je t’ai trompé quelques temps au fond d’une voiture et d’une nuit toutes deux étoilées. Tu aurais put me le faire payer en me donnant de grandes responsabilités et en m’enfermant dans une panoplie de « gendre parfait ». Tu as choisi de me redonner confiance en moi. Il a suffit d’une péniche pour que je me retrouve. «Château passe » était ma devise. Et je passais. Du pont de Pontailler aux glaces de Digoin, j’ai toujours fait face et livré ma marchandise.

Je te demande pardon Aurore. Je t’Aime comme si j’avais accompagné tes premiers pas et je suis prêt à traverser la terre pour m’expliquer avec l’homme qui oserait nuire à cette merveilleuse rousse avec qui j’ai « symbiosé » pour te créer. Mais je me sens plus le père de Aïvon, « Cerveau », Antoine ou Samuel …
SA MU EL … Toi que je prenais pour un chien mourant dans ce caniveau de Douala. En t’accrochant à la vie, tu as donné un sens à la mienne. Et que j’aurais aimé te sauver, toi, petite Leïla dont le pouls s’est arrêté de battre sous mon majeur ce 24 décembre 1992 à Kiffa en Mauritanie. Je porte depuis ton deuil.

Oui Femme de ma vie, tu m’en as fait connaître des émotions. J’entendrai toute ma vie le son des balles et ma hanche porte à jamais la cicatrice de celle de Timisoara le 25 décembre 1989. Décidemment, les périodes de Noël me sont toujours intenses. La dernière en date : l’arrivée à Hiva Oa après 26 jours de traversée d’un Pacifique pas toujours facile …
Le geste de celui qui défait une amarre, même symbolique, est le même. Qu’il se nomme Tabarly, Mermoz, Kersauzon ou Château, … Il sait qu’il ne sait pas … ce qu’il fait. Et c’est ce pas vers l’inconnu qui fait battre son cœur.
Le 4 octobre 2008, je dors épuisé par l’atterrissage sur Gibraltar, le passage du fameux détroit et le gymkhana entre les cargos. Mon équipière me sort de mes rêves. Je ne vois pas ce qu’il se passe dehors, mais au bruit, je sais une chose : il va falloir être bon, faire face.
Merci de m’avoir redonné le sens des valeurs. J’ai vécu avec 1 US $ par jour alors que je gagnais très bien ma vie. C’était le prix à payer pour que dix pirogues aident des enfants sortant de prison à passer du stade de pêcheurs au sens biblique du terme à celui de pêcheurs au sens maritime du terme.
Je n’oublierai jamais nos étreintes pendant cette semaine de décembre 2009, sans soleil, sans sommeil, sans rien de doux. Quand naviguer devient bestial. Et quelle jouissance quand par 0º de latitude, nous sommes passés « la tête en bas ».
J’ai aimé (et j’aime toujours), les voyages de l’Esprit quand, au côté de ma famille spirituelle, je cherche modestement au travers de symboles, les réponses aux questions que je ne me serais jamais posées sans cela.
C’est pour te remercier de ces moments merveilleux que je te fais cette lettre, TOI, la plus belle à mes yeux. Une encyclopédie ne suffirait certainement pas pour tout raconter. Et je n’ai pas fini de croquer les fruits du Bonheur.
Merci Madame Aventure de m’avoir fait ce que je suis. J’aime. Si tu pouvais, maintenant que je suis prêt pour, permettre que nous fassions ménage à trois …
Qu’une femme m’accepte tel que je suis. Avec mes dents écartées, mes cheveux à la Zidane, mes blagues vaseuses et mon côté soupe au lait (liste non exhaustive). Je me sens capable, avec vous deux, de conjuguer le mot Bonheur au temps de l’intensité Eternelle.

Charles Château

mardi 2 mars 2010

Coast Guards



C’est l’histoire d’une déception. Les fameux Coast Guards se sont révélés vivre sur leur réputation.


Quand je suis arrivé à la Base Aéronavale de St Mandrier, début aout 1980 (j’avais 18 ans), le Pacha m’a dit « ici, on fait aussi du sauvetage, cela devrait vous plaire… ».

J’aime tant la mer que je trouve qu’il est peu de chose plus noble que celle de donner du temps, voire de risquer sa vie, pour aller aider des marins.

J’ai, depuis toujours, étudié tout ce qui pouvait l’être sur les accidents, avaries et autres fortunes de mer et suivi les politiques de secours maritime menées par les grandes nations. Au vu de leur équipement, j’ai toujours considéré les United States Coast Guards comme étant l’Elite de l’Elite.

Quand j’étais de quart à la Tour ou au PC Opérations de la BAN, il nous est souvent arrivé de se sentir un peu coupables. Malgré tous nos efforts, nous ne pouvions pas mettre en œuvre autant de moyens que nous aurions aimé le faire. Recevant nombre de revues et notes relatives à la Marine Américaine, nous étions régulièrement envieux de nos « confrères ». A titre indicatif, les premiers sauvetages en mer, faits par des hélicoptères Dauphins (construits à côté de Marseille), l’ont été  par les Coast Guards AVANT la livraison des premiers exemplaires à la Marine Nationale.

Je suis bien entendu membre de la Société Nationale de Sauvetage en Mer et j’apprécie tout particulièrement le contact avec ces hommes qui sont généralement des marins d’exception.

Suite à une avarie de moteurs à bord de Félix le 20 avril 2008, j’ai eu l’occasion de vivre un sauvetage, mais du « mauvais côté », celui qui consiste à barrer un catamaran derrière une vedette SNSM en espérant que le patron connaît bien les passes du Grau d’Agde. Je pense donc savoir de quoi je parle.

Remontant l’Arc Antillais, de la Grenade à St Martin, nous avons été « chaperonnés » par le Centre Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Antilles Guyanes et avons eu tout le loisir de vivre leur professionnalisme.
A partir des British Virgin Islands, nous sommes entrés dans la Zone de Couvertures des US Coast Guards. Et là … Mieux vaut avoir un bon bateau et savoir s’en servir.

Cela commence par la radio. Partout où je suis passé dans le monde, j’ai toujours trouvé, « au bout de la VHF », un interlocuteur qui parlait une autre langue que sa langue maternel. Pas aux USA où, non seulement on ne parle qu’anglais, mais en plus sans se donner la peine d’adapter son vocabulaire ou sa prononciation aux capacités linguistiques de celui qui appelle.
Le principe de Sauvegarde de la Vie Humaine est sacré en mer. Il passe avant toute autre considération. Par exemple, la gendarmerie maritime ou nautique va commencer par vous sauver la vie avant de vous verbaliser. Pas aux Etats Unis. Voici des exemples.
Le 7 mars 2009, vers midi, nous sortons d’Ocean City aux USA dans un brouillard très dense. La visibilité est inférieure à un Nautique. Vu que nous sommes sur l’axe de navigation commerciale qui relie Panama à New York, nous sommes TRES attentifs. Toute l’électronique est allumée, nous scrutons Radar, GPS, AIS, écoutons la Radio, ... Je contacte sur le 16 les Coast Guards et leur demande un canal de dégagement pour avoir diverses informations telles que la météo. Ils me disent, dans un anglais à la « John Wayne quand il est enrhumé » de dégager un le canal 22B. Je leur explique que mon bateau, européen, a une VHF dépourvue de ce canal et leur en propose un autre. Malgré mes diverses tentatives, ils ne font que me renvoyer sur le 22B. Mon équipière, ayant été élevée dans un pays anglophone, maîtrise mieux que moi la langue des Beatles. Elle prend donc le micro, mais au bout de 20 minutes, nous renonçons. Par manque d’ouverture d’esprit, les Coast Guards venaient de participer à notre mise en danger. Ce ne sera pas la dernière fois.
Quelques jours plus tard, encore dans le brouillard, nous entrons dans Atlantic City. Tout se passe bien, nous suivons la passe au GPS, au Radar et au Compas. Une vedette USCG nous rattrape et nous ordonne de les suivre, ne comprenant pas comment nous pouvons rentrer « safety » sans leur aide. « Règle un du psychiatre : ne jamais contrarier le malade ». Donc nous les suivons. Mon instinct me dit de me méfier. Je garde donc mes distances. Je fais bien. Au bout de dix minutes, je vois, sur le Radar, la vedette censée nous guider corriger de manière significative son cap qui la menait sur des rochers.
Le 20 juin 2009, en fin de matinée, nous sortons du Canal de Cap May pour remonter la Baie du Delaware. Il y a des travaux de dragage et tout le monde fait attention : Car-Ferries, Tug Boats, plaisanciers, … Un seul bateau nous frôle à grande vitesse nous obligeant à nous approcher très près d’un banc de sable avant de réussir, par miracle, à ne pas monter sur la barge porteuse de la grue. Qui c’est ? … Les Cosat Guards, of course …
A Chincoteague, il y a un lac qui donne directement sur Ocean City et nous décidons de le prendre. Au bout de 10 heures de navigation pas évidente il y a un pont qui fait, confirmé trois fois par les Coast Guards, au moins 30 mètres (17 nous suffisent pour passer en toute sécurité).
Vers minuit, je m’approche doucement : il manque 4 mètres. Demi tour et route inverse.

Autrefois, les Coast Guards, c’était le Top of the Top. Mais depuis Clinton, l’administration américaine a décidé de faire une expérience ; on transforme des jeunes en situation difficile en « bons américains » en les faisant passer par la case Coast Guards. Uniforme, salaire, hymne américain, I Phone, prix spéciaux sur le Big Mac et respect dans le métro … La panoplie est complète. Bien entendu, une part de ces jeunes, venant de l’Amérique profonde, ignorait avant son arrivée que l’eau de mer était salée …
Grosso modo, de Miami à New York, il y a un réseau de canaux appelé l’Intra Coastal Waterway. La navigation y est aussi tranquille que sur le Canal St Martin à Paris. Pourtant, avec la complicité des US Coast Guards, 700 personnes y meurent chaque année. Deux par jours, même les jours fériés (surtout les jours fériés !). Ben Laden doit se marrer …

L’Amérique est un Grand Pays. Les Coast Guards bénéficient de « tout ce qu’il faut et même plus », que ce soit en moyens humains, logistiques, maritimes ou aérien. Il leur faut juste de retrouver le sens marin.
Pourquoi ne viendraient il pas le chercher chez nous à la SNSM ou dans nos CROSS ? Souhaitons le, la vie en mer est trop belle pour l’écourter.

samedi 27 février 2010

Tsunami

3h45, ce samedi 27 février. Je dors comme un bébé dans la cabine de Félix tranquillement au mouillage à Punaauia, au sud est de Papeete – Tahiti – Polynésie Française.

On frappe à mon hublot : c’est Michel, le voisin, qui vient me prévenir d’une alerte Tsunami.

J'allume les radios (VHF et FM), ouvre le net : c'est sérieux. Nous attendons une vague de plusieurs mètres pour 7h45 suite à un séisme de magnitude 8 à 80 Km au large du Chili.

RFO, comme lors du cyclone Oli est TRES professionnelle nous donnant toutes les informations nécessaires.

Nous devrions être touchés vers 7h45 – 8h00 par une série de vagues de 2 m de haut.

Je prends donc les mesures de protection : amarres doublées et mollies, vérification de l’étanchéité du bateau, test des moteurs. Je prépare mon gilet de sauvetage et le harnais, me fais un thermos et me prépare un méga petit déjeuner.

Comme lors du cyclone, la solidarité entre nous est belle à voir. Les dinghies passent d’un bateau à l’autre, on se parle sur la radio, on se fait un petit geste amical d’un bateau à l’autre.

J’aime cette ambiance. C’est CECI que je suis venu chercher ici. Pas cette ambiance frime des pseudos marins de certains ports de Méditerranée, par exemple, qui n’interrompent pas leur apéritif pour prendre une amarre à un bateau qui arrive.

Il est maintenant 6h20. Je suis prêt.

… à suivre.

07h30 : la vague est en train d’arriver aux Marquises à Hiva Oa, mon « cadeau de Noël (voir le récit à ce sujet). Déjà qu’en temps « normal », le mouillage d’Atuona demande deux ancres et beaucoup de vigilance …
Ici, il y a un grand monocoque (Lady K.) et un grand catamaran qui en voulant quitter le quai se sont mis en vrac. Aux jumelles, je vois des gens dans l’eau. Certainement un bout’ dans une hélice. Moralité : sur un catamaran, faut toujours faire attention à ce qui porte le nom de K. …

08h15 : ça arrive ici. 40cm de marnage pour le moment dans le Port de Papeete. A Atuona – Hiva Oa – Marquises, ils en sont à la quatrième montée. Grosse houle qui grossit … Brrrr. Ici, cool, mais vigilance. 

8h30 : nombre de bateaux sont sortis se mettre à l’abri au large. Le tsunami est en train d’arriver. Un voisin, sur un cata de 35’ avec femme et enfant en bas âge vient de larguer les amarres pour sortir. Je pense qu’il fait une erreur. La vague peut arriver maintenant rapidement et il y a déjà des « trucs » bizarres qui flottent. Le risque de se retrouver avec une vague ou une baisse des eaux au moment où il sera dans la passe n’est pas négligeable. Sans parler de celui de se prendre un bout’ ou autre dans une hélice …


10h30, les bateaux rentrent, il ya de plus en plus de musique sur RFO, l’alerte Tsunami semble passée.
Nous aurons eu une variation de 30 à 50 cm, ici sur la côte Ouest.

Pas de quoi fouetter un chat ou d’effrayer un Cat, qu’il soit Félix ou Chat – teau …

mercredi 24 février 2010

Putxxx d'Horizon


Bonjour, my name is « le Cat – Félix Le cat ».
Je suis un Cat – Catamaran ou Cat - Marrant ou encore Cat – à – marrants, car on ne s’ennuie pas à mon bord … Même quand Charles est seul.
Je suis né du crayon de Christophe Barreau (à canoniser) et, selon mon skipper, contrairement à la plupart des catamarans de grande série, je suis un vrai bateau.
J’ai eu pas mal de frères construits par Catana et quelques uns par Phisa sous le nom de Phisa 42.
J’ai été confié par mon propriétaire à une artiste Suisse allemande qui a vécu plus de 15 ans dans les montagnes du Canton du Valais et qui porte le nom de … Heidi (cela ne s'invente pas).
Une fois mis à l’eau et ayant servi au constructeur à vendre d’autres « frérots », il me fallait un Captain. Heidi est allé m’en chercher un dans ce pays où la terre se finit tant qu’elle prend le nom de « pays de la mer » (Ar Mor en breton), le Finistère.
Charles fait partie de cette race pas toujours compréhensible de gens qui ont plus de facilité à faire un nœud de chaise qu’à montrer comment le faire ou qui peuvent encore s’émerveiller devant la photo du bateau de Tabarly qui décorait leur chambre d’adolescent.
Avant d’accepter de me mener, Charles m’a fait passer un examen. C’était la tempête ce 22 février 2008 sur le Canet en Roussillon et la dame de la Capitainerie s’est étonnée de voir un bateau neuf sortir. « Promettez moi du beau temps jusqu’à Tahiti et je reste au quai pour vous inviter au restaurant, sinon … » a dit mon skipper. Examen réussi. Au cours des premières sorties, je trouvais Charles brusque et lui me trouvait « muet ». Il faut dire que son expérience du multicoque se limitait à des bateaux de course et à des catas de croisière moins excitants à barrer qu’une péniche …
Le 1er avril 2008 (je vous jure que c’est vrai), nous sommes partis tous les trois pour 2000 milles entre la France, la Tunisie, Malte et la Sicile. Dès la première nuit nous nous sommes fait cueillir par 40 Kt (72 Km/h) de mistral qui ont déclenché le déclic entre nous. Je me suis mis à bondir à près de 20 Kt (parfois même plus), je réagissais à chaque réglage. Charles m'a compris comme difficile mais sain. Depuis ce jour, (et les milles parcourus depuis ont renforcé cela), nous sommes devenus le prolongement l'un de l'autre ...
Au retour, j’ai donc été jugé « bon pour le grand voyage moyennant travaux ».
4 mois au sec au Cap d’Agde pour corriger les erreurs du constructeur, me rendre conforme au Bon De et me personnaliser.
Il a fallu refaire touts les connections électriques et électroniques, purger tous les circuits de carburant, refaire du Gel Coat qui cloquait,... J’ai reçu des panneaux solaires, un AIS (cela devrait être remboursé par la sécurité sociale tant c’est un gage de sécurité), des emménagements supplémentaires,...
La sécurité a particulièrement été soignée : ils sont deux à bord, mais j’ai 8 gilets de sauvetage, 2 VHF, 3 GPS, des lignes de vies de partout, y compris à l’intérieur des coques, 1cm au-dessus de la ligne de flottaison. Car le pire a été envisagé : outre un radeau « off Shore », les équipements de survie sont dédoublés, il y a des sacs étanches contenant des vivres, de l’eau, des vêtements, des moyens de navigation et de communication … Et pour finir, mon nom et mon Nº MMSI sont écris sous ma nacelle en rouge fluo.
Le 23 septembre 2008, au petit matin, je vole au bout d’une grue qui me rend à la mer. Je suis prêt. Alors, vers 17h00, on sort pour une petite heure de navigation, pour voir. La nuit est belle, douce, la lune nous fait un clin d’œil. Pourquoi ne pas rester encore un peu en mer ?... Je ne suis plus revenu en France métropolitaine depuis.
Là, je suis au mouillage à Punaauia, au Sud de Tahiti – Polynésie Française.
Charles qui se dit être un bon marin s’est perdu en venant … Et Denise devait certainement encore dormir car elle n’a rien vu ...
Les yeux de Denise quand elle se réveille et voit que nous sommes dans la tempête sont notre grand Bonheur à Charles et à moi et certainement la preuve que Dieu peut être bon ...
J’ai maintenant 24 323 Nm au compteur, soit 45 046 Km. Pour ceux qui ont besoin de comparaison, c’est 300 aller – retour Seynod - les Carroz, 150 aller – retour Bern – Sion ou encore 60 Paris – Marseille …
Nous sommes passés par Madère, toutes les Antilles, les BVI, les USVI, les Bahamas. Arrivés à Miami, un coup par l’Intra Coastal WaterWay – un coup par la mer, je suis allé dormir au pied de Miss Liberty à New York. Nous sommes ensuite redescendus jusqu’à Key West via (entre autre) Washington et Cap Carnaveral, avons visité l’Amérique Centrale remontant même le Rio Dulcé au Guatemala.
Panama ? Une péripétie … Pas simple, mais une péripétie. Et alors que « tout le monde » plonge vers les Galápagos à la belle saison, au travers des calmes et de deux grosses dépressions, nous, nous sommes montés jusqu’à San Francisco … Hisse et Ho, … Santiano (merci Hugues Aufray).
Nous sommes maintenant au Paradis sur terre : Tahiti. Je sais que Charles aimerait se poser un peu pour créer le PolyCat, un condensé de tout ce qu’il sait sur les bateaux, un Cat capable d’aller au Cap Horn et de bronzer au Tuamotus …
Oui, mais depuis quelque jours, il y a un peu de désordre à bord : guides nautiques, cartes marines, calculs de météo …
Hummm, ça sent les longues chevauchées sur la houle du Pacifique ça, parole de Complice. Il paraît que Vesoul et Maubeuge, c’est très beau, Il paraît aussi que les Tongas, la Nouvelle Calédonie, la Grande Barrière de Corail, la Thaïlande, ... ce n’est pas mal non plus. Et puis, Tahiti – Nouméa – Sydney, c’est naviguer dans le sillage de Tabarly, Colas et Kersauzon …
Alors, si Tabarly …
Règle première du bon bateau : on ne contrarie pas son skipper passionné …
Kénavo
Félix Le Cat

mardi 23 février 2010

Manger ou se nourrir ?


En mer, peut être plus qu’ailleurs, la nourriture a beaucoup d’importance.

Tout navigateur rêve, un jour ou l’autre, d’une île surgissant de la tempête où il pourrait faire « a break in the rush », amarrer son bateau pendant quelques heures et prendre un bon repas sur une table qui ne bouge pas.

J’ai récemment fait un tel rêve, d’où ces quelques lignes. Le problème, c’est que mon rêve se finissait en cauchemar sous la forme d’une voix de casserole qui me demandait « french fries or potatoes ? ». Une HO – RREUR !!!

Comme tous les français de ma génération, j’ai passé une bonne partie de ma vie à m’empoisonner, persuadé que, de la cuisine française (la meilleure gastronomie du monde selon 150% des compatriotes de Paul Bocuse), celle faite par MA mère était encore un ton au dessus. J’ai le gros « inconvénient » de ne pas grossir, donc d’avoir peut être plus de mal que d’autres à prendre conscience de certaines choses.

Et puis un jour, à quelques encablures de Hammamet, c’est le coup de barre à cause d’une mal - alimentation.

La première réaction, c’est de remettre totalement en question ses habitudes. Du jour au lendemain, on ne change pas seulement ce que l’on ingurgite, mais aussi sa vision de la nourriture, son comportement à table, son esprit … C’est la phase dite de « décontamination. Cette phase m’a été indispensable. J’y ai été aidé par une équipière qui vomit quasiment toutes les frites ou glaces qu’elle mange, bien qu’elle les adore. Heureusement pour elle, elle est suisse, … pas belge*. Denise m’a fait redécouvrir des saveurs oubliées, de ces petites joies toutes simples telle que celle de croquer dans un fruit bien ferme. Cette phase m’a fait un bien fou au niveau physique. Mes coups de « pompe » ont disparu, je suis devenu plus endurant, mon odeur a changé … Mais la tête ? La pendaison de Judas prouve que l’homme qui se renie et brûle les siens n’est pas heureux.

D’un tempérament plutôt extrémiste (pas en politique !!!), j’ai ensuite connu une phase opposée, faite de Mac Do et de cassoulets tous plus gars les uns que les autres … L’enchaînement de ces deux phases, alliées aux aléas de la vie et aux difficultés rencontrées (merci PS !!!), m’a fait me perdre avec moi-même et pas que sur un plan alimentaire.

Heureusement, avec l’aide de la vie, de l’océan, de ceux qui vous aiment et du peu de bon sens qui sommeille en chacun de nous (si, si, … j’ai mis du temps à trouver, mais j’y suis arrivé), le juste équilibre devient une évidence.

Il y a un lien comme circulaire entre trois données : ce que l’on mange, ce que l’on fait et dans quel état mental on est.

Lors de la traversée San Francisco – Hiva Oa en décembre dernier, j’ai passé une semaine sans soleil, à manœuvrer en permanence sans jamais vraiment dormir. Pendant cette semaine, je ne mangeais pas, je m’alimentais.

Et puis un matin, le ciel a changé de couleur, le vent s’est calmé et le soleil s’est mis à briller … La tempête était passé.

Ma première réaction, moi l’affamé, a été de nettoyer de fond en comble le bateau. Ensuite, je me suis bien lavé, j’ai cuisiné, organisé une jolie table et à moins de 100 Km au Nord de l’Equateur, alors qu’il faisait près de 30ºC, j’ai enfilé un costume et une cravate. J’avais rendez vous avec moi. La Légende des Volets Clos de Dan Ar Braz avec Carlos Nunez à la flute a mis une touche de magie finale à cet instant.

Se nourrir n’est pas un mal nécessaire, c’est aussi un moyen de communier. Avec soi même, avec ceux que l’on aime, mais aussi avec ses racines.

Quand « mon Luké » m’a invité à son bord à la Grenade, alors que nous ne nous étions pas revus depuis un an à Sète, il ne m’a pas fait un discours sur la solidité du lien qui nous uni. Il a jeté simplement des oignons dans une poêle qu’il a marié avec quelques pates et un peu de viande. Et le carré de Belle De Lune est devenu, à mes yeux, le plus bel endroit du monde. Comme un Lit d’Amour est un lieu où s’expriment physiquement des sentiments, nos agapes sont devenues un hymne à l’Amitié, à la Fraternité, à ce lien unique qui lie des hommes dont le cœur bat à la même cadence quand ils regardent dans la même direction.

Manger, c’est aussi se faire accepter et dire à l’autre qu’on le prend tel qu’il est, avec ses différences culturelles. Quand avec Claude Borreau nous négocions, auprès des nomades mauritaniens, la création de Centre de Soins de Santé Primaires, rien n’était envisageable tant que nous n’avions pas présenté notre « passeport » : notre aptitude à manger, selon la Tradition, le mouton. Et je me souviendrai toute ma vie de cet ado de Ruffisque (20 Km au Sud de Dakar) qui, sortant de prison, m’a promis de retourner à l’école si je mangeais le Tieb Bou Dien comme un vrai sénégalais. Il est retourné à l’école et moi, je me suis régalé …

Partout où je vais, je me délecte de ces spécialités mangées dans les quartiers populaires. Je ne suis pas de ceux qui croient connaître la planète en connaissant le prénom de tous les chefs des Hôtels Le Méridien (hello Jean Michel). A la Grenade, par exemple, j’ai suivi les employés de la banque où je changeais mes sous lors de leur pause pour découvrir LE petit restaurant caché au fond d’une cour. A Papeete, c’est le gardien de la Marina qui m’a montré la « roulotte » de la mama chinoise. Trois jours malade à mourir, mais j’ai survécu. Dorénavant, appelez-moi « Jesus ». Les matchs de la dernière Coupe du Monde de football, je les suivais depuis les « Take Away » de Malte. Quand aux frites de la Frituur de Royers Sluis à Anvers, demandez à mon chien ce qu’il en pense. J’ai même aimé le petit déjeuner aux Bahamas. C’était artificiel, TRES nutritif, sans personnalité, … C’était les Bahamas !!!

Je dois être un mauvais marin : je n’ai pas une femme dans chaque port, « dommage pour elles » aurait dit Gainsbourg. Mais je connais, dans quasiment chaque endroit où je suis allé, un lieu où l’on peut, avec la complicité de quelques mets locaux, avoir des échanges qui permettent de mieux connaître le pays que n’importe quel cours de géopolitique. Voici une idée pour les leçons de géographie : des repas découverte où un invité parlerai de son pays.

Je crois que si Socrate avait raison quand il disait « Homme libre, toujours tu chériras la mer », il me semble que les hommes de mer se doivent de promouvoir la Liberté. Et la Liberté, c’est de se donner les moyens d’être heureux, y compris au travers de la nourriture.

Cela veut il dire que je suis devenu une sorte de Labrador gargantuesque qui sait, en plus, monter un cata à plus de 20 Kt ? Non, je fais très attention à ce que je mange, et je gère mes repas en fonction de mon activité physique. Je privilégie aussi la qualité à la quantité. Cela me permet de pas faire la fine bouche devant la salade tahitienne d’Angela et Maeva ou les lasagne de Ghanya lors mon anniversaire …

J’écris ces lignes alors que le ponton le plus proche est celui du Mac Do de Punaauia au Sud de Papeete. En près de deux mois ici, j’y ai mangé deux fois : une fois parce que j’avais envie et l’autre parce que surpris par la pluie en allant au pain, j’y ai retrouvé un copain venu comme moi s’y abriter.

Je radote certainement, mais à mes yeux, les plus belles choses sont celles que l’on partage. Donc une petite dernière pour la route : le 18 décembre dernier, via un petit mot sympa, Denise, mon équipière habituelle, m’offre pour le passage de l’Equateur, une jolie boite de chocolats qu’elle avait cachée.

Je n’en mange qu’un ce jour là, puis un autre, une fois arrivé, le soir de Noël. Le surlendemain, je pars me recueillir sur la tombe de Brel où je prends un malin plaisir à déguster un chocolat en forme d’étoile, offert par une suissesse pour saluer le chanteur belge de « l’inaccessible Etoile » enterré aux Marquises. Arrivé au musée Brel, j’apprends qu’il est fermé. Je suis d’autant plus embêté que mes chocolats fondent faute d’être mangés !!! On m’a confié la clé du musée, je suis resté tant que j’ai voulu et j’ai fini la boite de chocolat avec le maire, un ami de Jacques Brel, un ancien pilote de l’aéronavale qui en a certainement fait des vertes et des pas mures, …

Manger ou se nourrir ? L’important, c’est d’être heureux. La vie est un festin. Bon appétit !!!

Charles Château

* : malgré trois re - lectures, je suis TRES content de mon clin d’œil à ces deux peuples que j’aime tant.